Virginia Woolf : Un Roman à écrire
06/02/2025
Virginia Woolf, pseudonyme d’Adeline Virginia Alexandra Stephen (1882-1941), est une femme de lettres anglaise, l'une des principales auteures modernistes du XXe siècle. Bisexuelle et féministe, elle fut une figure marquante de la société littéraire londonienne et un membre central du Bloomsbury Group, qui réunissait des écrivains, artistes et philosophes anglais. Un Roman à écrire qui vient de paraître dans une collection de poche à petit prix, reprend cinq nouvelles présentent dans les deux volumes de la Pléiade consacrés à l’écrivaine.
Dans la nouvelle qui ouvre le livre et lui donne son titre (1920), l’écrivaine voyage en train et interrompt sa lecture pour étudier la passagère qui lui fait face. Son esprit élabore la vie possible de cette femme qu’elle ne connait absolument pas, Virginia Woolf se fait un roman de ce personnage très quelconque, d’autres diront qu’elle s’en fait tout un cinéma ; une fiction totale puisque lorsque l’inconnue descendra du train, notre rêveuse constatera que le scénario envisagé n’était pas le bon, « Mon univers s’écroule ! (…) Que sais-je ? »
Avec Solides (1920), un jeune homme promis à une belle carrière politique tombe sous le charme d’un morceau de verre poli par la mer trouvé sur une plage, une passion en naît et il se met à collectionner ces objets qu’il trouve au gré de ses promenades, délaissant sa future carrière au désespoir de son meilleur ami.
La Partie de chasse (1938) est un peu étrange dans sa construction, débutant et se terminant avec la passagère d’un train qui voyage avec des faisans morts, tandis qu’au centre de l’histoire il est question d’une famille de la gentry provinciale n’ayant plus les moyens financiers d’autrefois, au son des coups de fusil dans le lointain…
La Mort du phalène (1942), comme son titre l’indique, est la description par l’écrivaine, fascinée, de la mort de ce grand papillon nocturne. « A l’observer, on aurait pu croire qu’une fibre, ténue mais pure, de l’énorme énergie terrestre avait été introduite dans son corps frêle et minuscule. »
Le Projecteur (1944) utilise le procédé assez habituel de l’écrivaine dans ses nouvelles, enchâsser deux histoires en une, la principale ici, un souvenir amoureux ravivé par le faisceau lumineux d’un projecteur de la défense anti-aérienne.
« À elle seule la tristesse profonde qui se peignait sur le visage de la pauvre femme vous forçait à glisser un coup d'œil par-dessus la page de votre journal pour le regarder - visage insignifiant à part cette expression, presque un symbole de la destinée humaine. La vie, c'est ce que l'on voit dans les yeux des autres ; c'est ce qu'ils apprennent, et une fois acquis, ils ont beau essayer de le cacher, ce savoir ne les quitte jamais - savoir sur quoi ? Sur la vie comme elle va, semble-t-il. » [Un Roman à écrire]
Virginia Woolf Un Roman à écrire et autres nouvelles Folio - 75 pages -
Traduit de l’anglais par Michèle Rivoire
4 commentaires
Tu ne précises pas si tu as aimé ... il va falloir que je découvre la Woolf novelliste..
Judicieuse remarque !
Ces nouvelles sont bonnes mais je trouve que Woolf est meilleure dans ses romans. Meilleure n’est peut-être pas le bon terme, disons qu’à mon humble avis, son style éthéré et aérien n’hésitant pas à partir en digressions, prend plus son aise sur le long que sur le court. Pour faire une comparaison musicale, des groupes comme Pink Floyd ou Tangerine Dream qui font de la musique planante seront plus représentatifs dans des morceaux de plusieurs minutes (voir plus) que sur un single de 3 mn !
J'aime beaucoup Woolf nouvelliste et je me rappelle en effet avoir lu ces nouvelles dans les volumes de la Pléiade. Apparemment, tu accroches plus aux romans...
Oui je préfère ses romans et ça n’a rien à voir avec la qualité de ses nouvelles. Je trouve que sa littérature est mieux adaptée à la forme longue que courte, on a plus de temps pour s’y plonger et savourer. Avec Virginia Woolf je suis plus bain que douche ! Ah ! Ah !
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