David Szalay : Chair
02/01/2026
David Szalay, écrivain anglais né en 1974 à Montréal au Canada, d’une mère canadienne et d’un père hongrois, vit aujourd’hui entre Vienne et Budapest. Troisième roman traduit chez nous et chroniqués ici, Chair vient de paraître.
István a quinze ans quand il emménage avec sa mère dans une petite ville de Hongrie. Timidement mais surtout sur son initiative à elle, il se lie avec sa voisine de palier, une quadragénaire mariée qui va le déniaiser et lui faire découvrir les plaisirs de la chair, jusqu'à ce qu'un incident mette un terme à leur relation et l’envoi dans un centre de détention pour mineurs. Trois ans plus tard, il s'engage dans l'armée et combat en Irak et à son retour part pour l'Angleterre où, travaillant comme chauffeur et agent de sécurité, il intègre la sphère de l'élite économique et politique, et tente de faire fortune dans l'immobilier.
Un roman un peu déroutant par la forme et assez creux pour le fond, quoi qu’en dise l’éditeur « le roman a reçu un formidable accueil dans la presse anglophone et figure notamment parmi les meilleurs livres de l’année du New York Times. »
La narration enchaine les évènements et la liste est longue, le gamin de Hongrie parti à Londres va frayer avec la haute société d’abord comme chauffeur/garde du corps d’un mari qui délaisse un peu son épouse Hélène, laquelle s’intéressera au corps du chauffeur, de fil en aiguille et les années passant (j’abrège grave !), l’époux décédé, il se marie avec Hélène mère d’un jeune garçon, se lance dans un gros projet immobilier… Grandeur et décadence, mais j’arrête là pour ne pas vous gâcher votre lecture si le bouquin vous intéresse.
J’en arrive à ma perplexité face à ce roman. Tout d’abord l’écriture, le style adopté par l’auteur est bien trop lapidaire à mon goût, phrases très courtes, ellipses car il a tant à dire et sur tant d’années. Et justement sur ce qui est dit, c’est assez creux, d’autant que notre héros István est particulièrement peu loquace, entre des « OK » et des « mouais » ça ne va pas bien loin. Il se dégage du texte une certaine froideur issue de l’attitude général du personnage principal, il ne sait jamais trop quoi faire ou quoi répondre, les évènements lui tombent plus dessus que lui ne les sollicitent et le lecteur (moi) a du mal à saisir ce qui le motive, même quand des personnes de son entourage disparaissent (je n’en dis pas plus) ça ne semble pas l’affecter outre mesure.
J’en reviens à l’éditeur et sa quatrième de couverture où il voit dans ce livre un sens profond au travail de l’écrivain avec ce personnage emblématique de l’homme contemporain. Ah bon ?
« Il a apprécié sa soirée avec la nounou canadienne. Pour sa part il ne trouve pas que c’était une erreur. Si elle l’avait souhaité, ça ne l’aurait pas dérangé de la revoir. Ca ne le dérange pas non plus qu’elle ne le veuille pas. Il a cette impression, avec les femmes, qu’il n’est pas évident de vivre une expérience qui paraisse entièrement nouvelle, qui ne donne pas le sentiment d’une expérience qui a déjà été vécue et qui le sera sans doute encore de manière très similaire, si bien qu’il n’a jamais le sentiment d’un enjeu important. »
David Szalay Chair Albin Michel - 366 pages -
Traduit de l’anglais par Benoît Philippe
2 commentaires
Repéré en effet à cause du Booker prize, j'ai vu que les avis de lecteurs anglophones étaient partagés... toi aussi, je ne me précipiterai donc pas.
J’ai lu et chroniqué les trois bouquins de l’écrivain et déjà avec le précédent je m’interrogeais : quel message veut nous transmettre l’auteur ? L’éditeur y voit toujours un sens profond mais à lire le livre ce n’est pas si évident. Peut-être que si l’éditeur ne disait rien, le lecteur lirait plus sereinement et ne chercherait pas ce qu’il n’y a pas vraiment à voir ?
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