20/08/2026
Carl Watson : Chutes libres
Carl Watson, né en 1953, est un écrivain et un poète américain. Il vit à New York et dans les Catskills. Après son cursus scolaire, à la fin des années 60, il va passer une dizaine d’années à sillonner souvent en auto-stop les Etats-Unis. Il travaille au gré des circonstances dans une aciérie, comme cueilleur de pommes ou marchand de fleurs. Il part pour l’Europe, séjourne notamment à Paris, poursuit en direction de l’Inde puis de la Thaïlande. Cette instabilité se retrouvera plus tard dans son œuvre, non pas en termes de mode de vie, mais comme principe de dérèglement. Une instabilité qu’il oppose à l’ordonnancement du monde, producteur d’organisation sociale et de raison. De retour à Chicago en 1976, il s’y installe et commence à écrire ses premières nouvelles, ainsi que des poésies et son premier recueil de poèmes paraît en 1985.
Chutes libres, dernier volet de la trilogie Frank Payne (A contre-courant rêvent les noyés (2020) et Les Idylles de la complicité (2023)), personnage emblématique d’une certaine génération fin de siècle, vient de paraître.
New York, fin des années 90, le soir du Vendredi saint, Franck Payne traverse Manhattan du Nord vers le Sud, pour rentrer chez lui. Un périple ponctué d’étapes dans ses bars favoris, il croise des marginaux de toutes sortes, alcoolos ou junkies, prostituées, mais aussi flics et new-yorkais lambda se préparant à passer une bonne soirée… En contre-point à cette errance, Odee Bones, sa petite amie, rédige un journal, reproduit dans le livre avec une police de caractères manuscrits. Et les chapitres d’alterner entre ces deux voix…
« Prends le livre et lis-le, lui ordonna une voix. Alors Franck lut, mais il ne comprit tout simplement pas. » C’est aussi mon problème avec ce bouquin, certainement bourré de qualités mais qui m’a beaucoup ennuyé.
De ce que j’en ai néanmoins pigé, Franck et Odee sont en froid suite à un vieil incident qui a éveillé la jalousie de Franck. Le parcours de l’homme est autant physique, rues, bars etc. que mental. Il pense beaucoup, trop si vous voulez mon avis, avec un esprit négatif assez désespérant, « Franck et ses semblables, qui étaient pour la plupart des dépressifs autodestructeurs et nihilistes. » C’est assez décousu, des pensées pâteuses qui tournent en rond, issues de ce qu’il voit ou croise ou de ses souvenirs. La dérive et l’instabilité, la faute et la culpabilité, telles sont grosso modo, les idées qui l’anime.
Quant au journal de la femme, ce n’est guère mieux. Elle fait dans l’artistique et semble mener un projet flou, qu’elle mêle à une auto-introspection sur l’avenir de leur couple « j’ai besoin de savoir s’il veut que nous restions ensemble et que cette relation devienne « fixe et durable » ». La mort est aussi un sujet de réflexion récurrent pour elle.
Le temps du récit, le Vendredi saint, évoque clairement la notion de sacrifice, rappelant la condamnation à mort, la souffrance et l'exode de Jésus au Calvaire pour le salut des hommes. L’avenir du couple paraît problématique dans une ville qui, vue par leurs yeux, semble un champ de ruines.
Donc, je n’ai pas vraiment tout compris et le peu m’a ennuyé mais j’ai bien aimé la fin. Ca ne sauve pas le bouquin mais terminer sur une bonne note n’est pas désagréable.
« C’est parce que le vrai châtiment c’est de vivre, tout le monde le sait. Vous pouvez tenter de vous échapper, et y arriver, mais s’ils vous rattrapent, ils vous obligent à rester en vie. De plus, le suicide représente une atteinte au capitalisme. C’st pourquoi il constitue une infraction à la loi : vous ne pouvez plus rien acheter si vous êtes mort. Et il en est de même pour le meurtre. La plupart des gens ne se soucient guère d’un meurtre à moins qu’il ne concerne une victime qu’ils connaissent. Dans ce cas, ils s’insurgent, quand bien même ils tuent vraisemblablement des gens en permanence du fait de leur mode de consommation irrépressible. »
Carl Watson Chutes libres Vagabonde - 340 pages –
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Benoît Laudier
« Et Billie Holiday passe à la radio. Elle me rappelle comment les choses ont mal tourné. Nous écoutions Ain’t Nobody’s Business If I Do lorsque nous avons quitté la route cette nuit-là. Plutôt prophétique, cinématographique : comme si cela ne concernait personne que je me jette d’une falaise. »
06:00 Publié dans Etrangers, ROMANS | Tags : carl watson | Lien permanent | Commentaires (0) |
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