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05/04/2021

Marcel Proust : Les Soixante-quinze feuillets

marcel proustMarcel Proust (1871-1922), écrivain français auteur de traductions, d’essais et de récits domine l’histoire du roman français au XXe siècle avec A la recherche du temps perdu.

C'est en 1907 que Marcel Proust commence l'écriture de son grand œuvre A la recherche du temps perdu dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c'est-à-dire en partie après sa mort. Les Soixante-quinze feuillets, livre qui parait aujourd’hui issu des archives de l’éditeur Bernard de Fallois (1926-2018) présente la plus ancienne version de La Recherche. Cet ouvrage est pour les admirateurs de l’écrivain ce que les outtakes sont pour les amateurs de rock, ces titres inédits ou en cours d’élaboration qu’on trouvait autrefois sur les disques pirates et maintenant en bonus sur les rééditions des CD des albums mythiques.

Concrètement que contient exactement ce livre ? Grosso modo les cents premières pages correspondent à l’ébauche de La Recherche, puis quatre-vingt-dix pages de textes épars et cent-soixante-quinze pages de notice, chronologie et notes. Ce livre peut être lu de deux manières différentes, si vous êtes calé et très connaisseur de l’œuvre, vous pourrez comparer les premiers écrits avec la version finale et en savourer les modifications apportées – il y a là beaucoup à dire et à faire ; soit, vous êtes seulement amateur de Proust, comme moi, et vous retrouverez dans ces feuillets ce qui fait son charme, le rythme apaisant de son écriture, les phrases proustiennes typiques (« … arrivé devant le bleu Grand Canal, sur lequel le regard s’appuyait, se reposait, se ravissait, s’enchantait, comme une joue encore amollie du sommeil récent se repose, s’appuie, s’enchante sur un oreiller moelleux, on arrivait à la porte à trois marches de l’hôtel dont les deux premières étaient tour à tour cachées par l’eau ou ruisselantes… »), bref sa petite musique.

Alors que vous dire de ces inédits, si ce n’est que les fans de Proust vont se réjouir, du jamais lu en pagaille ce n’est pas rien ! D’autant qu’on y retrouve nos scènes favorites écrites autrement comme « le baiser du soir à maman » (dans trois versions différentes), l’épisode de « la madeleine » ou les promenades vers Méséglise et Guermantes…

Outre les « feuillets » qui sont une merveille, les autres textes, très courts, reflètent moins bien la musique évoquée plus haut : ici ont été conservés pour l’édition, les ratures de l’écrivain, ou bien des mots manquent… cela reste néanmoins très lisible et d’un grand intérêt littéraire mais avec moins de charme. Enfin, parce qu’il n’est pas interdit de rire même quand on évoque le Grand Ecrivain, je ne peux résister à vous citer cette phrase : « Elles savaient, enfoncé dans leur attention, et leur mémoire par les traits mêmes peut-être du ridicule, ce que je voulais qu’elles sussent. »

Voilà tout ce que je peux vous dire de ce livre. Le reste est du domaine de l’analyse comparative et des commentaires détaillés fournis en fin d’ouvrage.

 

« Puis on apporta les lampes. Tous les soirs leur vue, le bruit des rideaux qu’on fermait aussitôt après me serrait le cœur. Car je sentais que dans quelques heures viendrait l’affreux moment où il fallait dire bonsoir à Maman, sentir la vie m’abandonner au moment où je la quittais pour monter dans ma chambre, et ensuite souffrir ce qu’on ne saura jamais, dans ma chambre, d’où j’entendais le bruit d’en bas, jusqu’au moment où je parvenais à m’endormir. Quand j’y parvenais. »

 

marcel proustMarcel Proust   Les Soixante-quinze feuillets et autres manuscrits inédits   Gallimard –380 pages –

07:00 Publié dans Français | Tags : marcel proust | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |