05/10/2026
Alessandro Baricco : Abel
Alessandro Baricco, né en 1958 à Turin est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien contemporain. Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco s'oriente vers le monde des médias en devenant tout d'abord rédacteur dans une agence de publicité, puis journaliste et critique pour des magazines italiens. Il a également présenté des émissions à la télévision italienne. L’écrivain qui vit à Turin avec sa femme la pianiste Gloria Campaner annonce le 22 janvier 2022 via les réseaux sociaux et la presse qu'il souffre d'une forme grave de leucémie. Abel, son dernier ouvrage paru, date de 2025.
Abel Crow, le héros de ce roman, shérif et tireur d’élite dans un Far West imaginaire est mêlé à différentes péripéties. Un western aussi proche (cow-boys et Indiens, saloon à hauts risques, chevaux Appaloosa…) que lointain de ce que vous croyez pouvoir imaginer. Ou pour le dire autrement, un western intello particulièrement complexe à commenter.
Commençons par le plus simple, évoquer les personnages gravitant autour d’Abel, membre d’une famille éclatée. Hallelujah Wood, sa maîtresse, une femme libre qui va et qui vient, qui l’amène à réfléchir (« Tuer un homme, c’est se confondre avec lui pour toujours. »). Il y a aussi Le Maître, un aveugle qui lui apprendra à tirer (!), qui se fait lire des bouquins de philosophie, un sage genre Grèce antique, dans la même veine nous croisons une sorcière porteuse de sagesse ancestrale (la bruja). Quand il nous parlera de sa mère, on comprend qu’elle aussi est une femme sans limites, elle tripotait et plus ses gamins et sa spécialité c’est l’élevage de chevaux (« Ma mère est la femme qui se jette dans le troupeau, c’est ma mère qui trie, capture, dresse, je suis le fils de la femme qui ramène à la maison des animaux sauvages ». Et enfin, arrive en fin d’ouvrage, Lilith, l’unique sœur (« la sœurette n’aime pas les hommes, qui eux souvent l’aiment bien »), venue regrouper la fratrie pour tenter de sauver leur mère qui va être pendue pour le vol d’un étalon. Une opération plus que risquée…
Le roman n’est pas linéaire, fait de souvenirs et d’instants présents, explorant la vie, la mort, le destin et la construction de soi en s’appuyant sur la philosophie d’Aristote et Hume, abordant la spiritualité et la religion. Abel (La première victime assassinée de la Bible) incarne la quête existentielle et métaphysique, une méditation sur la vie, la mort et la condition humaine, le tout porté par une écriture à la fois épique et poétique.
Dire que j’ai été emballé serait mentir mais ça ne m’a pas déplu pour autant car c’est très bien écrit et très troublant ?
« Cette fois, Joshua me révéla un secret qui, telle une graine, germerait en moi au fil de nombreuses années et pensées douloureuses. Il dit que je devais faire très attention car si la vie s’écoulait apparemment comme un fleuve, des montagnes vers la mer, elle courait en même temps dans le sens inverse, remontant vers sa source. Ainsi, raisonner en termes d’avant et d’après est trompeur, ou du moins réducteur, parce que l’avant est toujours précédé de l’après, en cachette, quand bien même ce dernier paraît le suivre tranquillement. Dans un unique mouvement, expliqua-t-il. »
Alessandro Baricco Abel Un western métaphysique Gallimard - 165 pages -
Traduit de l’italien par Lise Caillat
06:02 Publié dans Etrangers, ROMANS | Tags : alessandro baricco | Lien permanent | Commentaires (0) |
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