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08/10/2026

Jean Giono : Un Roi sans divertissement

Jean Giono, Jean Giono (1895-1970) est un écrivain français. Romancier de la haute Provence, apôtre d’un idéal de vie naturelle et rustique, il évolua vers une philosophie et un art plus classique. Ses œuvres, souvent ancrées dans le monde paysan provençal, abordent des questions universelles sur la condition humaine. Bien qu'ami de nombreux écrivains et artistes célèbres, il demeure en dehors des courants littéraires dominants de son époque. Un Roi sans divertissement est un roman de 1947.

Le récit se déroule dans un petit village du sud de l’Isère à la fin du XIXème siècle. Un tueur mystérieux a déjà frappé plusieurs fois, les villageois sont terrorisés et évoquent le Diable. Le capitaine de gendarmerie Langlois arrive au village pour mener l’enquête mais c’est Frédéric, un paysan, qui repère l’assassin descendant du hêtre où il planquait les cadavres…

Le roman débute comme un bon polar qui néanmoins va tourner court et se poursuivre par un scénario qui m’a dérouté, passant à tout autre chose à priori, avant de se conclure par un épisode dramatique qui bouclera la boucle.

Je vais tenter de vous en dire le moins possible car c’est justement la construction - assez surprenante à mes yeux du roman - qui en fait la qualité première et oblige le lecteur à suivre attentivement pour tout comprendre. Toute l’intrigue réside dans le personnage de Langlois, son parcours psychologique et ses faits et gestes qui aboutiront à son geste final et pourquoi le taire, fatal.

J’ai déjà évoqué le construction étonnante, le livre est fait de quatre histoires qui ne semblent pas clairement liées entre elles : l’assassin mystérieux, une battue au loup, une longue visite chez une couturière (j’ai mis du temps à comprendre qui était cette femme) et la décision de se marier de Langlois. Jean Giono n’étant pas le premier venu, tout se tient évidemment !

Langlois est un solitaire, un meneur d’hommes, droit dans ses bottes et aux idées bien arrêtées, venu dans ce village pour une enquête il finira par s’y installer, ne se liant guère sauf avec la surnommée Saucisse, tenancière du Café de la route où il logera, et on lui comptera deux autres amis de la ville, Mme Tim châtelaine et le procureur du roi.

Comme toujours chez l’écrivain, la nature est plus que présente, magnifiquement décrite par l’auteur, que ce soit par la précision des termes ou la poésie induite par la beauté des paysages, d’ailleurs le roman débute par de bien belles pages sur un hêtre centenaire, et tout du long bien que sur plusieurs années, ce seront les hivers et la neige épaisse dans ce village isolé et les montagnes, ce qui accentue le sentiment de claustrophobie et de désespoir. Une nature, à la fois belle et hostile.

Giono explore ici l’idée que l’ennui et le manque de but peuvent pousser les humains à commettre des actes monstrueux. Le meurtrier agit par désœuvrement, par besoin de rompre la monotonie de son existence et Langlois, par une sorte d’effet miroir, en est le pendant ce qui le poussera à en payer le prix et l’écrivain de conclure par cette citation de Pascal : « Un roi sans divertissement est un homme plein de misères. »

Un très beau roman où l’on est confortablement installé, une sensation que je ne rencontre que très rarement, mais toujours dans de vieux récits comme ici.

 

« - Assieds-toi, on va parler de la marche du monde. Car disait-il, rien ne se fait par l’opération du Saint-Esprit. Si les gens disparaissent, c’est que quelqu’un les fait disparaitre. S’il les fait disparaître, c’est qu’il y a une raison pour qu’il les fasse disparaître. Il semble qu’il n’y a pas de raison pour nous mais il y en a une pour lui. Et, s’il y a une raison pour lui, nous devons pouvoir la comprendre. Je ne crois pas, moi, qu’un homme puisse être différent des autres hommes au point d’avoir des raisons totalement incompréhensibles. Il n’y a pas d’étrangers. Il n’y a pas d’étrangers ; comprends-tu ça, ma vieille ? »

 

Jean Giono, Jean Giono   Un Roi sans divertissement   Folio  - 244 pages - 

06:00 Publié dans Français, ROMANS | Tags : jean giono | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |