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18/02/2019

Qiu Xiaolong : Mort d’une héroïne rouge

Qiu Xiaolong Qiu Xiaolong, né à Shanghai en 1953, est un auteur chinois de roman policier et poète. Son père, professeur, est victime des Gardes rouges pendant la Révolution culturelle vers 1966 et lui-même est interdit d'études plusieurs années. En 1988, il rejoint l'Université Washington de Saint-Louis dans le Missouri pour y poursuivre ses études mais alors qu'il devait rester une seule année aux Etats-Unis, il décide de s'y installer après les manifestations de la place Tiananmen en 1989. C’est là qu’il vit désormais et enseigne à l'université de Saint-Louis.

Mort d’une héroïne rouge, polar qui date de 2001, est le premier roman de la grosse dizaine ayant l’inspecteur principal Chen Cao comme héros.

En 1990 à Shanghai. Une jeune femme est trouvée morte dans un canal de la périphérie de la ville. La victime s’avère être une « travailleuse modèle de la Nation » et quand l’enquête va amener l’inspecteur Chen Cao à découvrir qu’elle fréquentait secrètement l’éventuel futur vice ministre de la Culture de Shanghai, le crime sordide virant au problème politique, les complications vont s’accumuler pour notre héros inflexible.

Le roman se déroule sur deux plans. Une intrigue policière relativement simple pour ne pas dire banale, un policier s’attaquant à un criminel bénéficiant une situation sociale puissante ; sympathique mais sans plus. Tout le reste, et le roman fait cinq-cents pages, est excellent.

L’écrivain dresse un portrait de la Chine du début des années 90, celle de Den Xiaoping (numéro Un de la république populaire de Chine de 1978 à 1992). L’époque des grands changements économiques et des grandes mutations (« On pensait généralement dans le bureau que l’avancement de Chen était le résultat de la politique de renouvellement des cadres de Den Xiaoping. »). Ces chamboulements affectent le commissaire Zhang, retraité mais promu conseiller et chargé de surveiller officieusement les activités de Chen Cao, qui a du mal à se positionner dans ce nouveau monde en devenir. On se régale des sinuosités de l’enquête induites par le jeu politique, le Parti doit condamner le coupable mais il doit aussi ne pas prêter le flanc à la critique de ceux qui verrait dans ce coupable haut placé, la preuve de la corruption des puissants…

Avec Qiu Xiaolong nous visitons Shanghai au plus près des petites gens au travers des menus détails de la vie quotidienne, de la gastronomie locale (ça mange beaucoup dans ce bouquin !), nous apprenons aussi l’histoire de la ville. Tout ceci est très instructif sur le mode de vie et les structures sociales de l’époque.

Ajoutons que le héros du roman est un homme bien sympathique, éduqué selon les principes moraux du Confucianisme, policier par devoir mais aussi poète et traducteur d’écrivains étrangers par amour de la littérature. Le bouquin est truffé de références poétiques chinoises et littéraires. Certes il est aussi assez naïf/innocent que ce soit dans son enquête ou dans ses relations sentimentales, mais nous sommes dans la Chine des années 90, ceci explique peut-être cela (« Un « dernier verre ». Difficile à traduire en chinois. Il avait appris la connotation de l’expression dans un film américain où un couple sirotait du vin avant de se retrouver au lit. L’atmosphère d’intimité qui s’était créée entre eux le grisait. »), ces détails pour dire que nous n’avons pas le héros des polars américains classiques !

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman, non pas en tant que polar mais pour tout l’environnement dans le quel il nous entraine.  

 

 

« C’était là le problème : Quels étaient les intérêts du Parti ? Au début des années cinquante, par exemple, le président Mao avait fait appel aux intellectuels pour critiquer les autorités du Parti, et Mao disait que c’était dans l’intérêt du Parti. Mais quand certains avaient pris cette invitation à la lettre, Mao s’était mis en colère et avait traité ces critiques naïfs de droitiers antisocialistes. Il les avait envoyés en prison. Dans l’intérêt du Parti, bien entendu, ainsi que l’affirma la presse du Parti qui expliqua que le précédent discours de Mao avait été une tactique pour « faire sortir le serpent de sa cachette. » Et ainsi de suite pour toutes les décisions politiques, y compris la Révolution culturelle. Tout se faisait dans l’intérêt du Parti. (…) Chen savait qu’être inspecteur principal et être membre du Parti était deux choses différentes, mais il n’avait jamais envisagé la possibilité que ces deux rôles entrent en conflit direct. Or il était précisément en train d’attendre la résolution de ce conflit. »

 

 

 

Qiu Xiaolong Qiu Xiaolong   Mort d’une héroïne rouge   Seuil Points – 502 pages –

Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzales Battle

07:51 Publié dans POLARS | Tags : qiu xiaolong | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

Commentaires

j'aime beaucoup cet auteur et ses nouvelles sont pour moi de petits chefs d’œuvres (Cité de la poussière rouge)

Écrit par : luocine | 18/02/2019

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Je note cette référence... si l'occasion se présente... Merci !

Écrit par : Le Bouquineur | 18/02/2019

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