04/02/2026
José Saramago : Tous les noms
José de Sousa Saramago (1922-2010) est un écrivain et journaliste portugais. Son œuvre est traduite dans le monde entier et il a reçu le prix Nobel de littérature en 1998. Le roman Tous les Noms date de 1999.
Dans un pays et une ville non nommés. Monsieur José, un petit fonctionnaire d’une cinquantaine d’années, est employé aux écritures au Conservatoire général de l’Etat civil, où il passe ses journées à archiver consciencieusement les fiches des vivants et des morts. Célibataire et solitaire, son seul passe-temps en dehors des heures de bureau, est de collectionner les archives des célébrités, acteurs, danseuses, évêques… Un jour, il découvre par hasard la fiche d’une femme inconnue et sa vie va en être chamboulée car elle perturbe sa vision du monde. Monsieur José va se lancer dans une enquête pour reconstituer son passé et percer le mystère de son identité.
Un très bon roman, mêlant une sorte d’enquête policière, le conte philosophique et une réflexion sur la condition humaine, le tout servi par un style qui ne manque pas d’originalité après quelques pages d’échauffement pour le lecteur.
Très vite le lecteur va penser à Kafka mais avec plus d’humour que chez le pragois, qui pourtant n’en manquait pas. L’univers de monsieur José, c’est la bureaucratie extrêmement tatillonne avec ses employés aux écritures, les sous-chefs et le chef du bureau, grand manitou respecté et craint par tous (« La seule personne ici qui ne commet pas de fautes, c’est moi. »), les règlements très sophistiqués et stricts auxquels nuls ne dérogent etc. Pour accentuer la lourdeur administrative pesante du roman, l’écrivain rend tout le monde anonyme, si monsieur José à un nom (et encore, il n’est pas complet), tous les autres personnages s’en passent, soit ils sont désignés par leur fonction, soit par une métonymie (par exemple : la dame du rez-de-chaussée à droite). Ajoutons le style d’écriture adopté par José Saramago, de longues phrases sans dialogues marqués (par des tirets) juste une majuscule sur le premier mot pour indiquer le changement d’interlocuteur, ce qui donne un texte très dense, gonflé par des digressions de raisonnements qui surprennent ou agacent, mais au fil de la lecture on trouve un charme étrange et mystérieux à cette histoire qui en fait se résume à rien et fait de ce bouquin une prouesse.
Je n’entre pas dans les rares « péripéties » où s’est embarqué monsieur José, obsédé par sa quête au point d’en perdre tous ses repères de vie passée et compromettre la bonne tenue de son travail de bureau. Et puisque j’aborde le travail de bureau, l’écrivain sait à merveille en démontrer par l’absurde et l’humour, les tâches répétitives et sans sens reflétant la médiocrité de la vie quotidienne (« Discrètement, le sous-chef expliqua que pour le moment il n’en avait prise aucune, qu’il ne se serait pas permis d’avoir une idée et encore moins une initiative avant d’en avoir référé à son supérieur. »)
Dans une société où les individus ne sont que des fiches dans un système administratif, le roman interroge la construction de l’identité, la solitude et la quête de sens.
« Non, monsieur, dans un mariage il y a trois personnes, il y a la femme, il y a l’homme et il y a ce que j’appellerai la tierce personne, la plus importante, celle qui est constituée par l’homme et par la femme ensemble, Je n’avais jamais réfléchi à cela, Si l’un des deux commet un adultère, par exemple, le plus offensé, celui qui reçoit le coup le plus rude, pour incroyable que cela paraisse, ce n’est pas l’autre, mais cet autre autre qui est le couple et qui n’est pas un mais deux… »
José Saramago Tous les noms Points - 271 pages -
Traduit du portugais par Geneviève Leibrich
06:00 Publié dans Etrangers, ROMANS | Tags : josé saramago | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook |


Écrire un commentaire