15/10/2026
Rachilde : La Jongleuse
Marguerite Eymery (1860-1953), dite Rachilde, est une femme de lettres française. Fille de militaire, rejetée par son père qui aurait voulu un garçon, et d’une mère excentrique adepte de spiritisme, elle refusa durant son adolescence un premier fiancé militaire proposé par son père, en mettant en balance une menace de suicide, et adopta le pseudonyme de Rachilde lors d’une séance de table tournante. Romancière prolifique, elle écrivit plus de soixante-cinq ouvrages et publia sous les pseudonymes de Jean de Childra et Jean de Chibra. La Jongleuse, roman publié en 1900, vient d’être réédité.
Léon Reille, un jeune étudiant en médecine assez présomptueux, tombe sous le charme d’Eliante Donalger, une riche veuve créole d'un capitaine de marine, qu’il croise et épie dans les salons parisiens. Il est bien décidé à la séduire coûte que coûte, mais la dame n’est pas d’un calibre classique, plutôt que d’être la proie, elle inverse les rôles en faisant de Léon son propre « objet d’art », refusant d’être maitresse ou épouse, ses visées étant plus complexes…
Invité chez Eliante, Léon découvre une petite maison à étage, qu’elle partage avec son beau-frère un vieux diplomate sourdingue et sa nièce la jeune Missie. Les appartements de la dame sont luxueux, raffinés et assez mystérieux avec des bibelots au caractère érotique certain d’où Eliante tire ce plaisir qu’elle n’est pas prête à donner à notre jeune coq prétentieux.
Un duel va s’engager entre nos deux protagonistes, Léon le petit coq arrogant de vingt-deux ans bien décidé à obtenir les faveurs de la dame mais qui devient un gamin ridicule face à Eliante, trente-cinq ans, qui le manipule à son gré. Elle ne le repousse pas carrément car en fait elle « l’aime » aussi mais à sa manière, en femme libre, provocante et indépendante, et tout du long elle va jongler avec lui, littéralement d'abord, en maniant des couteaux devant ses invités, puis métaphoriquement, en dosant avances et refus pour maintenir le désir à son paroxysme sans jamais céder.
Subjugué et impuissant Léon va en voir de toutes les couleurs, ruptures et retours c’est la fête à l’élastique. Et s’il n’avait qu’à gérer Eliante, voici que Missie tombée amoureuse de lui entre dans le game, poussée par sa tante qui verrait d’un bon œil cette alliance, Léon resterait proche d’elle, et y gagnerait une belle dot, sans pouvoir aller plus loin dans son entreprise initiale.
Si pour Léon, l’amour n’existe pas, seul compte le sexe, pour Eliante qui a dépassé le stade du sexe, seul l’Amour avec une majuscule est le but à atteindre.
Avec ce roman, Rachilde proclame le droit des femmes à aimer selon leurs propres choix et à maîtriser leur destin. Une œuvre majeure du mouvement décadent de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, bousculant les normes morales et sexuelles de la Belle Epoque. Un livre choquant alors mais très bien écrit et très chaste à nos yeux de lecteurs d’aujourd’hui.
Quant au dénouement, en forme de chute particulièrement surprenante, il interroge les limites de ce pouvoir de séduction et reste un des grands coups de théâtre du roman.
« - Tiens, dit-elle tristement, donne-moi tes deux mains… et jure d’être sage… c’est au médecin que je m’adresse. Les yeux dans ses yeux, elle lui posa ses mains sur ses flancs. Ils brûlaient et il fut si étonné qu’il ne songea pas à en sourire. – Mais, chérie, ce n’est pas raisonnable. On n’a pas chaud comme ça quand on veut vivre seule ! – On a chaud comme cela quand on est l’Amour… et quand on est l’amour on peut vivre seule. Va-t’en, dis… »
Rachilde La Jongleuse Archipoche - 257 pages -
Comme je sais que vous ne lirez pas ce roman, en voici ici une version gratuite, vous permettant d’en lire quelques pages pour vous faire une idée plus précise : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Jongleuse/Texte_entier
06:00 Publié dans Français, ROMANS | Tags : rachilde | Lien permanent | Commentaires (0) |
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