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09/03/2026

James Robert Baker : Diables blancs

James Robert Baker, James Robert Baker (1946-1997), est un écrivain et scénariste américain spécialisé dans la transgressive fiction (Ses romans étant souvent peuplés de personnages sociopathes et nihilistes avec consommation de drogues dures, inceste, nécrophilie et autres pratiques tabous…). Se rebellant contre ses parents, James Baker est attiré par les éléments marginaux de la société, dont notamment les beatniks, artistes et gays. Durant les années 1960, il explore sa sexualité et fréquente des établissements clandestins destinés aux adolescents homosexuels. Par la suite, Baker fait ses premières expériences avec la drogue, il boit également beaucoup. Dans les années 70, après être devenu sobre, il commence des études à l'école de cinéma de l'université de Californie à Los Angeles. Après l’accueil de son roman sulfureux Tim and Pete en 1993 (Il est en partie censuré, car dans cet ouvrage, il critique radicalement le néo-conservatisme républicain américain), Baker eut du mal à trouver une maison d’édition et sa situation financière se dégrade, entrainant des états dépressifs. James Robert Baker finit par se suicider chez lui le 5 novembre 1997.

En février 2026, la maison d'édition Monsieur Toussaint Louverture publie une traduction française de Diables blancs, mondialement inédite, à partir d'un manuscrit rejeté par certaines éditions américaines à la fin de la vie de l'écrivain, faisant de cette traduction la première en langue française de l'œuvre de James Robert Baker.

Los Angeles dans les années 90. Tom Dunbar, écrivain, a connu la célébrité et les avantages financiers qui vont avec mais son second roman fait un bide et les dépenses inconsidérées de son épouse, Beth, lancée dans un projet foireux de restaurant branché, les mettent sur la paille, ils vont tout perdre, jusqu’à leur maison avec vue sur l’océan, dans l’un des coins privilégiés de Los Angeles. Plutôt que de réduire leurs dépenses et leur train de vie, idée insupportable pour Beth, elle a un plan, soutirer de l’argent à son père, Bud Sturges, auteur à succès. Mais quand le richissime écrivain refuse, une idée plus machiavélique et dramatique commence à germer dans l’esprit de la sulfureuse épouse…

Un excellent roman que je vous invite à lire au plus vite. Tout est parfait, de la couverture du bouquin dans un esprit très Pulp à son contenu. Ce qui m’incite à supplier l’éditeur à poursuivre au plus vite la traduction des œuvres de James Robert Baker.

Le roman débute par la fin qu’on comprend tragique, Tom Dunbar lègue à son voisin Jim (J.R. Baker ?) sept cassettes audio, dans lesquelles il narre son aventure qui devrait faire l’objet d’un roman à succès, autant de cassettes que de chapitres que nous allons lire.

Des principaux personnages, nous dirons que Tom est un faible, très amoureux de son épouse, il va céder à tous ses caprices les plus extravagants ; Beth, est une redoutable vamp vénéneuse car psychologiquement perturbée, elle prend et abuse des médocs interprétant « ses dépressions comme une punition pour ses privilèges matériels et s’évertuait à racheter sa faute » (…) « mais ce n’était pas que ça. Elle avait de l’esprit. Une intelligence vive. » Bud Sturges, père de Beth, remarié avec une jeunette, est assez répugnant avec son fric, son pouvoir dû à sa notoriété et semblerait-il, des actes à caractères sexuels sur sa fille quand elle était jeune ? Aussi, venons-en au but, quand Beth imagine de faire assassiner son père pour que Tom puisse écrire un roman de true crime qui leur rapportera une fortune, par ses ventes et une adaptation cinématographique, le point de vue horrifique de l’affaire est dilué dans un constat effarant, tous les personnages de ce roman sont épouvantables !

Voilà pour l’intrigue qui va s’avérer palpitante avec ses rebondissements, sautes d’humeur de Beth, machiavélisme du plan sordide devant impliquer un innocent, scène de meurtre gore à souhait (pour ne pas dire farfelue) et final haletant…

Tout ceci est déjà excellent mais le meilleur est à venir, le texte est dense, le rythme enlevé, et ce que j’ai le plus adoré dans ce roman, ce sont les références littéraires, musicales, cinématographiques etc. aussi nombreuses que pointues. Je me suis extrêmement amusé aux propos de langue de vipère attribués par l’écrivain à Tom, le déluge de name droping, peu aimable pour tous ces people, Jeff Bridges qui accuse son âge et dont les films sont des gouffres financiers, Michelle Pfeiffer qui aurait une cervelle de moineau, Meryl Streep qui devrait faire des séances de laser… Et Reagan et Henry Kissinger… N’en jetez plus la cour est pleine.

Une satire assassine d’une élite de parvenus qui révèle sous le vernis de l’intellectualisme, leur abjection. Un des livres de l’année, j’en suis certain.   

 

 

« Je suis sobre mais surexcité, et je m’en fous complètement. Pour la première fois depuis des mois, des années même, mon esprit est clair. Je vois le livre que je vais écrire, ce chef-d’œuvre de true crime, stupéfiant ; je vois les livres qui vont suivre, une série de romans littéraires étourdissants. J’accepte l’amoralité de ce que nous nous apprêtons à faire. Si je ressens de la culpabilité plus tard, ce sera mon moteur secret : l’excellence de mon œuvre pour seule expiation possible. Après tout, est-ce que l’art n’est pas au-dessus de la morale ? Cite-moi un seul génie qui ait été un mec bien. »

 

 

James Robert Baker, James Robert Baker  Diables blancs   Monsieur Toussaint Louverture  - 288 pages –

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Yoko Lacour