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02/04/2026

Thomas Bronnec : Toute l’infortune du monde

thomas bronnecThomas Bronnec, né à Brest en 1976, est journaliste et écrivain. Journaliste à Ouest-France depuis janvier 2017, chargé des contenus premium pour les abonnés numériques, mais avant cela, de 2012 à 2017, il a occupé le poste de chef des informations à France Info TV et il est également passé par L’Express, et L'Expansion. Toute l’infortune du monde, son dernier roman, vient de paraître.

Paris, peu de temps après 2027, année où Emily Cornelly a été élue présidente de la république. Depuis plusieurs mois la capitale est attaquée par des drones et ses habitants fuient la ville. Situation de crise à l’Elysée d’autant que l’origine de la menace est confuse, la Russie et les Etats-Unis sont tous les deux suspectés, agissent-ils séparément ou conjointement, la question se pose car leurs dirigeants, Roy Patterson (portrait sans ambiguïté de Trump) et Malishev (Poutine) s’opposent fermement à l’initiative portée par Emily Cornelly, créer un axe Franco-Allemand-Polonais devant redonner impulsion et force à une Europe faiblissante.

La situation va empirer quand un commando de plusieurs dizaines d’hommes, s’empare d’un groupe d’immeubles parisiens. Leur revendication est adressée à Mathieu Mondolonian, conseiller spécial et particulier de la présidente : il doit démissionner et affirmer devant les médias qu’il s’oppose au projet de coalition tripartite. Sinon, l’une des habitantes de l’immeuble, Romane, son ex-maîtresse sera exécutée !

Un EXCELLENT roman !

Est-ce un roman ou une dystopie ? Difficile de trancher tant la proximité de l’intrigue, voire sa plausibilité, affole. Rarement je me suis autant immergé dans un bouquin, pour tout vous dire, à un moment, lors de la prise de l’immeuble, j’ai failli allumer ma télévision pour vérifier sur les chaines d’info que ce n’était pas la réalité !

Je ne vais pas vous faire un cours sur le contexte géopolitique du roman, tous les jours nos médias en parlent : Russie et Etats-Unis sont aux mains de dirigeants autocrates, ayant chacun de buts différents, l’un veut reconquérir les territoires de son ancien empire, l’autre veut s’accaparer des richesses économiques du reste du monde, dans ces conditions l’Europe qui tente de leur résister est un adversaire potentiel, surtout si elle décide de passer à la vitesse supérieure avec son pacte en construction. Le roman explore la tentative désespérée de la présidente et de l’Europe de résister face à cette menace, tout en mettant en lumière les manœuvres politiques et les tragédies humaines qui en découlent.

La guerre technologique avec ses drones est au cœur de l’intrigue car ces armes, peu coûteuses et faciles d’utilisation, créent la terreur et c’est leur but, faire peur aux populations pour que celles-ci forcent les politiques à capituler. D’où cette interrogation, quelle est la capacité de l’Europe à se défendre et à s’unir face à des adversaires bien plus puissants, tout en soulignant l’isolement et la solitude des dirigeants face à la loi du plus fort ? Dilemme existentiel, la mort de quelques otages est-elle « acceptable » quand l’avenir de la nation et de l’Europe est en jeu ?

L’ennemi est extérieur mais aussi intérieur, luttes politiques internes au détriment du bien collectif et national, relations d’intérêts divers entre hommes d’affaires français et étrangers et intermédiaires peu scrupuleux… Le romancier nous invite dans les coulisses du pouvoir et les stratégies politiques, les jeux d’influence sont décryptés avec une réalité glaçante.

Thomas Bronnec ajoute une touche de pathos encore plus proche des lecteurs, liant le sort de la nation à des drames personnels, la présidente voit son couple se déliter (trop prise par son job), Mathieu et Romane, lui hésitant entre ses responsabilités et son amour, et un autre tandem, Denis qui fut incarcéré en Russie pour un motif futile avant d’être libéré, devenu le jouet d’Elvira, chef du commando qui prend l’immeuble parisien en otage. « Le cœur est la faiblesse de l’Europe et de ses dirigeants. Le cœur et la vérité. »

Un accrolivre speedé et glaçant, à lire en urgence tant l’actualité nous sidère chaque jour un peu plus.

 

« Beaucoup de gens ne comprennent pas l’objectif. De plus en plus malheureusement. Officiellement, elle affirme qu’il faut « faire preuve d’encore plus de pédagogie » pour les convaincre. Officieusement, Emily Cornelly est affligée par la connerie qui contamine l’opinion publique via les réseaux sociaux en roue libre, affligée encore par la crédulité de ces masses abâtardies par des années de propagande aussi simpliste qu’imbécile, affligée, toujours, par ce fascisme qui s’empare subrepticement de pans entiers de la population, sous couvert de « bon sens » et de rejet des élites. »

 

thomas bronnecThomas Bronnec   Toute l’infortune du monde   Gallimard Série Noire  - 438 pages –

06:00 Publié dans POLARS | Tags : thomas bronnec | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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