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19/02/2026

Julien Gravelle : Ce Pays n’est pas pour les faibles

Julien Gravelle, Julien Gravelle, franc-comtois d’origine, vit depuis 2006 au Québec, plus précisément à Girardville au nord du Lac-Saint-Jean. Ecrivain, guide de plein air et travailleur social, Julien Gravelle interroge sans relâche notre rapport au vivant et aux grands espaces après des études qui l’ont conduit vers la philosophie et la pratique de l’écrit. Ce Pays n’est pas pour les faibles est son dernier ouvrage (2025).

Dans les forêts du Grand Nord canadien, nous allons suivre sur près d’un siècle quatre générations de la famille des Malençon. Le roman débute en 1921 avec Leopold, un type pas commode, « un de ces hommes pour qui la colère et la violence forment un refuge », exécrant « tout ce qui est domestique et servile », il ne vit que pour ses bois, sa forêt où il possède une résidence secondaire (Ah ! Ah ! Ah !) une cabane au bord d’un lac, gelé en hiver. Dans ce pays qui n’est pas pour les faibles comme il aime à le répéter, on n’est un homme que lorsque l’on sait vivre avec peu, sans confort, dans la neige et sa cabane. Vingt ans plus tard, en 1944, pour que son fils Siméon échappe à la conscription, il l’oblige à se réfugier dans sa tanière. Le pauvre jeune homme, qui ne connait que ses livres, ne supportera pas cette solitude qui l’accable…

Nous sommes maintenant en 1984, Lyne, fille de Siméon, a un petit ami, Dino, qui a réussi a obtenir d’elle, sur la banquette arrière de son luxueux 4X4, ce qu’il était venu chercher au fond des bois, où malheureusement il s’embourbe. Perdus, les deux jeunes gens échouent dans la vielle cabane où ils découvrent un cadavre, ce qui va déclencher une cascade d’évènements négatifs pour eux et ce n’est qu’en 2023, que Tania, fille de Lyne, une rebelle, qui elle aussi va échouer dans les restes de la masure, va comprendre, à la vue des ossements restés là, que tous les malheurs qui s’étaient abattus sur sa mère étaient sans fondements…

Un bon roman.

Le texte est bien écrit avec ses particularités linguistiques dont les canadiens nous ont habitués. L’intrigue est plutôt bien ficelée, sans temps morts, avec des scènes fortes et parfois (au début avec Leopold) très dures. Les destins des uns et des autres sont tristes pour des raisons diverses, Leopold dur avec les autres tout autant qu’avec lui-même est prisonnier de son caractère ; Siméon en bavera dans sa cabane/prison dont seule la pensée de sa fiancée occupera son esprit mais l’accablera quand le manque de sexe le poussera à pécher ; Lyne, aura raté sa vie, convaincue que son père a été un meurtrier ; enfin, Tania, mal barrée dans l’existence à trente-huit ans, chômage, drogue et enceinte, semble trouver in extremis, le moyen de se réconcilier avec sa mère tout en la soulageant, tardivement il est vrai, du poids moral qui la hantait.

 

« Elle est parvenue au début de son histoire, et même de celle de tout le clan Malençon : ce refuge, devenu un lieu de malédiction. Tania se dirige d’un pas décidé vers l’abri à demi effondré. Elle a souvent fui au cours de sa vie, le temps n’est plus à se dérober à nouveau. L’ombre appelle la lumière. Et le corps enterré par sa mère trente-huit ans plus tôt sera révélé au monde. Tania ne veut plus laisser les morts dicter leur loi aux vivants. »

 

Julien Gravelle, Julien Gravelle   Ce Pays n’est pas pour les faibles   Stock  - 200 pages -