Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/07/2026

Princesse Sapho : Le Tutu

princesse saphoPersonne ne sait de manière formelle qui se cache derrière le pseudonyme de Princesse Sapho. Des hypothèses circulent, les détails en sont donnés dans les préfaces et postfaces de l’ouvrage qui vient d’être réédité. Imprimé en 1891 à Paris par Léon Genonceaux alors éditeur de Rimbaud et de Lautréamont, découvert par Pascal Pia qui en révéla l'existence en 1966, Le Tutu n'a été rendu public qu'en 1991, par les Editions Tristram, provoquant émoi et sidération chez nombre de critiques et de lecteurs. Un roman précurseur de l’avant-garde (Dada, surréalisme) et un objet littéraire non identifié.

Encore une lecture improbable dans laquelle je me suis engagé et dont je ressors ébahi/sonné/incapable de savoir si c’est génial ou complètement débile. Le texte est tellement loufoque, l’intrigue tellement extravagante que je ne peux en donner qu’un résumé succinct.

Le principal acteur, Mauri de Noirof a tout de l’homme du monde vu de l’extérieur, mais son esprit est particulièrement tordu, il est victime d’amnésie, a en horreur le genre humain et a une relation plus qu’ambigüe avec sa mère, une « passion secrète qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre ». Il va épouser Hermine Israël, une héritière obèse et alcoolique, puis engrosser Mani-Mina, une femme à deux têtes qui se produisait dans les cirques, devenir député puis ministre de la Justice (« Alors, j’ai pensé que, puisque vous n’êtes bon à rien, on pourrait vous mettre à sa place ») ...  

Je rajoute quelques babioles pour ceux qui n’auraient pas encore compris de quel type de livre il s’agit : Mauri s’entretient avec Dieu dans ses rêves, a des hallucinations, rencontre un médecin qui fait pousser des humains dans des arbres (« -Comment diable peut-on faire pousser des gens à un arbre ? – C’est difficile et délicat à expliquer. (…) – Comment les nourrissez-vous ? – En pissant au pied de l’arbre. ») et plus tard, c’est lui qui allaitera au sein l’enfant de la femme à deux tête ! C’est clair pour tout le monde maintenant ?

A l’origine le roman était recherché par les bibliophiles et les amateurs de textes licencieux, pourtant ce n'est pas tant la lubricité que l'irrespect et la plus parfaite amoralité qui prévalent ici.

Un monde de personnages tous plus, extravagants ou monstrueux les uns que les autres, au sens propre du terme, où les scènes absurdes se succèdent au triple galop, mêlant la provocation, le macabre, l’humour noir, l’érotisme et des passages carrément crapoteux (un type mange des queues de chats morts en décomposition, Mauri et sa mère font d’étranges gueuletons « Personne, ici-bas, ne mange de la cervelle de cadavre et ne boit des expectorations d’asthmatiques. »)

Le roman s’inscrit dans le mouvement décadent, caractérisé par une fascination pour la déchéance, le morbide et l’artificiel, reflétant une critique acerbe de la bourgeoisie et des institutions de l’époque, Princesse Sapho ridiculise les institutions (justice, politique) et les conventions sociales, avec une verve iconoclaste

 

 

« - Mauri, pardonnez-moi. Je l’aimais, parce qu’il était ignoble. Que voulez-vous, la vie est pleine de contradictions. Pourquoi place-t-on des fenêtres aux hospices des aveugles ? (…) Pourquoi ne construit-on pas des vespasiennes à l’usage des femmes ? Pourquoi ne lit-on pas de romans à Clermont-Ferrand ? … Je l’ai toujours aimé… Je vous ai toujours menti… Lorsque je disais que j’allais voir mes pauvres, je mentais, c’était chez lui que je me rendais, chez lui, rue d’Assas, chez lui, ici, chez lui, là-bas ; je buvais de l’absinthe avec lui, voilà pourquoi je puais l’anis en rentrant auprès de vous… (…) Qu’on me fourre au Père-Lachaise… Ce qui m’a tuée, c’est le tutu… »

 

Princesse Sapho   Le Tutu   Tristram  - 234 pages -