Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/09/2015

Patrick Pécherot : Une plaie ouverte

patrick pécherotPatrick Pécherot est un journaliste, écrivain et scénariste de bande dessinée né en 1953 à Courbevoie. Il a exercé plusieurs métiers dans le secteur de la protection sociale. Un temps proche des milieux libertaires et pacifistes, il s'engage syndicalement à la CFDT. Son premier roman est publié à la Série noire en 1996. En dehors du roman noir, Patrick Pécherot a écrit des romans pour la jeunesse, des nouvelles, un essai ainsi que trois scénarios de bande dessinée pour Jeff Pourquié. Une plaie ouverte, son nouveau roman, vient de paraître. 

Dans le Paris assiégé de 1870, le court temps de la Commune approche. Durant ces trois mois, de mars à mai 1871, des hommes et des femmes vivent la fièvre de l’insurrection qui s’achèvera dans le sang. Les amis sont dispersés, arrêtés ou recherchés. Dana, en fuite, est condamné à mort par contumace, accusé d’avoir participé au massacre des otages de la rue Haxo. Qui était-il ? Son souvenir hante Marceau jusqu’à l’obsession. Trente ans plus tard, il croit le reconnaître parmi les figurants du premier western de l’histoire du cinématographe, et n’aura de cesse de retrouver sa trace.

Je ne sais pas si vous connaissez la chanson où il est question de « marabout- bout de ficelle-selle de cheval » etc. mais Patrick Pécherot, lui, doit en faire son air favori sous la douche, car c’est l’un des points forts de ce roman, une construction décoiffante où tout s’enchaîne avec une logique vertigineuse. Partant du Far-West des pionniers nous rejoindrons le Paris communard qui finira par voir débouler le Buffalo Bill’s Wild West, le fameux spectacle destiné à recréer l’atmosphère de l’Ouest américain dans toute son authenticité, dans les murs de la capitale en 1899. Quant aux acteurs à l’affiche de cet incroyable scénario, ce ne sont ni plus ni moins que Jules Vallès, Paul Verlaine, Gustave Courbet, Charles Baudelaire, Thomas Edison, Charles Pathé, Calamity Jane, Buffalo Bill et tant d’autres illustres. L’écrivain est particulièrement calé sur la période, tout sonne juste dans les moindres détails et l’on serait prêt à jurer que tout est vrai dans ce roman, tant le faux (si peu, mais l’intrigue du bouquin) se mêle habilement au vrai (j’ai vérifié sous Google).

Si le style d’écriture évolue, le début du livre (la première moitié ?) ma scotché tant ce style extrêmement personnel, est superbe et déroutant. Si la construction du scénario est complexe, les phrases ne le sont pas moins en ce début d’ouvrage et j’avoue avoir été partagé entre admiration (devant l’écriture sublime et pleine d’ellipses) et répulsion (j’avais du mal à comprendre de quoi il en retournait, suivant la narration déstructurée à l’aveuglette). Ajoutons que l’écriture à la troisième personne tient aussi le lecteur à distance. Lecteurs éventuels du roman, n’abandonnez pas trop vite si vous peinez à suivre, bientôt l’horizon va se dégager, même s’il gardera jusqu’au bout, la touche ou la patte caractéristique voulue par Pécherot. Mais pour tout ce que je viens de dire, je ne pense pas que ce livre fasse l’unanimité.

Le coup de théâtre final est franchement réussi et ajoute un plus à ce polar pas ordinaire. Un très bon roman, plein d’Histoire et d’histoires. Mais qui se mérite.

 

« Il y avait eu la guerre. Hideuse et bête. Elles le sont toutes, mais celle-ci battait tous les records. Quand l’idiotie est si crasse on peut dire « j’y étais ». Comme l’autre à Austerlitz. L’Austerlitz de la connerie ! L’Empereur et le Kaiser enchamaillés. Des disputes de têtes couronnées. Des scènes de ménage à protocole. L’honneur offensé et le bon droit pour soi. De quoi faire valser les enfants de la patrie. Troupeaux d’hommes lancés sur les routes. Cahotant tête à cul dans le glinglin des bidons et des chassepots. M. Godillot, promu bottier de la nation. Des régiments de pieds à chausser. Grosse affaire. Belle réclame. Le godillot c’est du solide, inusable, dur à la mêlée. Il vous enterrera. On marchait là-dedans comme dans la merde. Les pieds au jus, macérant dans la sueur. Tours, détours, contournements, mouvements tournants, kilomètres avalés, la victoire en chantant puait des arpions. »

 

 

patrick pécherotPatrick Pécherot  Une plaie ouverte  Série Noire Gallimard  - 270 pages – 

07:52 Publié dans POLARS | Tags : patrick pécherot | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | |

Commentaires

J'aime les romans historiques, et les romans noirs historiques en particulier. J'ai aimé "Tranchecaille" et sa construction polyphonique : cet opus-là devrait me plaire.

Écrit par : Sandrine | 24/09/2015

Effectivement Sandrine, ce roman devrait entrer dans votre « créneau ». En fait il devrait plaire à tous ceux qui aiment les romans pas trop simplets dans la narration….

Écrit par : Le Bouquineur | 24/09/2015

Bonjour Le bouquineur,

Votre article m'a donné envie de me plonger dans ce roman que, pour des raisons communes à la précédente commentatrice, j'avais repéré depuis quelque temps. Je n'ai jamais lu Pécherot, mais quelqu'un qui apprécie ce genre m'a recommandé cet auteur.

Si vous aimez le "roman noir" historique, j'ai pris un pied monumental avec "Un pays à l'aube" de l'Américain Dennis Lehane, que j'ai pris plaisir à commenter via un article sur le site La cause littéraire. "Un pays..." est le premier volet d'une trilogie située à Boston; le deuxième volet "Ils vivent la nuit", est en revanche très mauvais...

Bien à vous,

Jérôme

Écrit par : Jérôme | 19/12/2015

Je ne suis pas particulièrement friand de polars historiques mais quand un roman est bon, il m’intéresse ! Je note donc avec intérêt ce livre de Dennis Lehane dans mon calepin….. Merci Jérôme !

Écrit par : Le Bouquineur | 20/12/2015

Les commentaires sont fermés.