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06/08/2016

Le Beat Hotel à Paris

Si vos déambulations dans le Quartier Latin à Paris vous mènent rue Gît-le-Cœur, vous ne pourrez pas manquer cet hôtel, parce que c’est le seul dans la rue – reliant le quai des Augustins à la rue Saint-André-des-Arts - et que celle-ci est tellement courte et étroite qu’il n’y a rien d’autre à y voir. Sis au n°9, l’enseigne officielle de l’établissement rénové et luxueux désormais, indique Hôtel du Vieux Paris, mais une plaque en bonne place, apposée en 2009, signale qu’ici vécurent B. Gysin, H. Norse, G. Corso, A. Ginsberg, P. Orlovsky, I. Sommerville et que W. Burroughs y acheva Le Festin nu en 1959. 

Le Beat Hotel, ce petit hôtel de 42 chambres, doit donc sa renommée, ainsi que son surnom car il n'avait pas de nom à l’époque, aux membres de la Beat Generation qui y ont séjourné. C'était un hôtel sans confort pour ne pas dire moins. Les fenêtres des chambres donnaient sur la cage d'escalier, il ne comptait qu'une seule baignoire au rez-de-chaussée, l'eau chaude n'était disponible que trois jours par semaine, les draps étaient changés une fois par mois, « de vieux journaux servent de papier toilette dans les W.C. à la turque (comble du traumatisme pour les Américains) ». Hôtel miteux, prix ridicules mais bonnes vibrations, l’idéal pour des artistes sans le sou. C’est Chester Himes, l’Afro-Américain auteur de polars pour la Série Noire qui avait découvert cet antre, on y trouvait aussi des jazzmen ayant fui les Etats-Unis ainsi que des G.I. noirs ne supportant plus le racisme. Artistes en tous genres et des dealers certainement, le bouche à oreille entre Paris et les Etats-Unis fit le reste.

L’hôtel était dirigé, ainsi que le bistro du rez-de-chaussée, par M. et Mme Rachou depuis 1933, puis après la mort accidentelle de M. Rachou en 1957 par sa seule veuve jusqu'à sa fermeture en 1963. Mme Rachou, qui avait travaillé dans une pension fréquentée par Monet et Pissarro, voyait d'un bon œil les artistes qui fréquentaient son établissement et se faisait parfois payer en toiles et en manuscrits. Elle permettait même à ses pensionnaires de redécorer leur chambre à leur goût. C'est à cette époque que l'hôtel devient célèbre parmi la Beat Generation. « Il n’y avait qu’un seul téléphone. Quand il y avait un appel, elle criait « Jinsbergue », « Monsieur Burouz » dans la rue » se souvient Jean-Jacques Lebel qui a beaucoup fréquenté ces écrivains à l’époque et co-organise aujourd’hui l’exposition du Centre Pompidou.

Allen Ginsberg et Peter Orlovsky y séjournèrent tout d'abord en 1957. Ils furent rejoints par Gregory Corso, Harold Norse et William Burroughs. Ce dernier, arrivé de Tanger, y compile et complète son légendaire Festin nu et y rencontre Brion Gysin, marquant le début d'une longue collaboration. C'est là aussi que Burroughs rencontre son amant et « manager » Ian Sommerville, avec qui il expérimente sa technique du cut-up, inventée néanmoins par Brion Gysin. Allen Ginsberg quant à lui, y écrit son plus fameux poème, Kaddish.

Comme l’écrit Barry Miles, dans son ouvrage Beat Hotel , à propos de ces écrivains : « Depuis leur abri, le Beat Hotel, ils avaient tracé beaucoup de chemins que la « génération sixties » allait emprunter. »

 

william burroughs, beat generation, chester himes,

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Photos : Le Bouquineur   Sources : Wikipédia - Hors série Les Inrocks « Sur la route avec la Beat Generation » - Le Monde du 1/07/2016 – Programme de l’exposition consacrée à la Beat Generation au Centre Pompidou

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