19/01/2026
Marguerite Yourcenar : Sur Virginia Woolf
Marguerite Yourcenar, née Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour en 1903 à Bruxelles et décédée en 1987 à Bar Harbor, dans l'Etat du Maine (Etats-Unis), est une écrivaine française naturalisée américaine en 1947, auteur de romans et de nouvelles ainsi que de récits autobiographiques. Elle fut aussi poète, traductrice, essayiste et critique littéraire. En 1939 Marguerite Yourcenar, bisexuelle, part pour les Etats-Unis rejoindre Grace Frick, alors professeur de littérature britannique à New York et sa compagne depuis une rencontre fortuite à Paris en 1937. Les deux femmes vécurent ensemble jusqu'à la mort de Frick d'un cancer en 1979. Elles s'installent à partir de 1950 à Mount Desert Island, dans le Maine où Marguerite Yourcenar passera le reste de sa vie. Elle est la première femme élue à l'Académie française, le 6 mars 1980.
Sur Virginia Woolf, Une femme étincelante et timide et autres textes brefs qui viennent d’être réédités en poche sont issus du volume En pèlerin et en étranger (Gallimard). Quatre textes très courts où Marguerite Yourcenar, esthète érudite, nous fait profiter de sa plume critique pour la littérature, la peinture et la musique.
Le bouquin s’ouvre sur le texte dédié à Virginia Woolf, Une femme étincelante et timide, « Les quelques pages qui vont suivre auront atteint leur but si je parviens à persuader le lecteur de l’intense sentiment d’humanité qui se dégage d’une œuvre où il est permis de ne voir d’abord qu’un ballet admirable que l’imagination offre à l’intelligence. » Je ne gâcherai pas votre lecture en vous révélant qu’elle y réussit !
Le deuxième texte, Une exposition Poussin à New York, lui permet d’exprimer toute son admiration pour ce peintre, « Goûter Poussin, c’est s’inscrire parmi les admirateur de cette musique de chambre que Nietzsche à bon droit trouvait incomparable. » Nous poursuivons avec Mozart à Salzbourg, dont la musique du divin musicien « a paru facile : elle est en réalité le produit d’un don qui est presque une grâce, et sans doute aussi du travail le plus soutenu, de l’art le plus attentif. Son miracle est qu’elle transforme naturellement ce qu’elle touche… »
Enfin, ces essais s’achèvent avec Borges ou le Voyant, le texte le plus long et le plus rébarbatif à mes yeux (sic !) consacré au célèbre écrivain argentin et aveugle, Jorge Luis Borges : « Nous possédons le monde, et nous-mêmes, à travers nos cinq sens, et la vue est certainement l’un des trois dont nous dépendons le plus. Or, la plupart d’entre nous ne se voient pas. L’immense majorité des hommes ne se voient pas : la très noble modestie de Borges tient à ce qu’il se voit tel qu’il est, unique, et pourtant quelconque comme nous le sommes tous. »
« J'ai traduit en français The Waves, l'avant-dernier roman de Virginia Woolf, et je ne le regrette pas, puisque dix mois de travail ont eu pour récompense une visite à Bloomsbury, et deux brèves heures passées aux côtés d'une femme à la fois étincelante et timide, qui me reçut dans une chambre envahie par le crépuscule. On se trompe toujours quand il s'agit des écrivains de son temps : on les surfait, ou on les dénigre. Je ne crois pourtant pas commettre d'erreur quand je place Virginia Woolf parmi les quatre ou cinq grands virtuoses de la langue anglaise et entre les rares romanciers contemporains dont l'œuvre a quelques chances de durer plus de dix ans. Et j'espère même, malgré tant de signes du contraire, qu'il y aura encore vers l'an 2500 quelques esprits assez avertis pour goûter les subtilités de cet art." [Une femme étincelante et timide]
Marguerite Yourcenar Sur Virginia Woolf, Une femme étincelante et timide et autres textes brefs Folio - 90 pages -
06:00 Publié dans ESSAIS | Tags : marguerite yourcenar, virginia woolf, jorge luis borges | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook |


Écrire un commentaire