04/05/2026
Frederick Exley : Le Dernier Stade de la soif
Frederick Exley (1929 – 1992) est un auteur américain qui devint célèbre grâce à son premier roman, Le Dernier Stade de la soif publié en 1968. Il est né à Watertown dans l'Etat de New York où son père, mort en 1945, est un athlète local adulé, entraineur de l’équipe de basket de la région. Il exercera une influence prépondérante sur le jeune Exley. En 1950 il part pour l’Université de Californie du Sud, où il commence à suivre pas à pas la carrière naissante d’une légende du football américain : Frank Gifford. A New York il travaillera aux relations publiques de la compagnie de chemins de fer de la ville et après un an à ce poste, il est muté au bureau de Chicago, avant d’exercer les mêmes fonctions pour une autre compagnie de chemins de fer. Exley dirige rapidement la publication du magazine des employés de la compagnie où paraissent ses premiers textes.
Tous ces éléments et d’autres encore sont dans le bouquin, ce « roman-autobiographie-fictive-quel-que-soit-le-nom-qu’on-lui-donne » comme le dit Nick Hornby. Un roman pathétique, drôle et émouvant.
Quand le récit débute, notre homme a trente-deux ans et sa femme vient de le quitter, obtenant sans peine la garde de leurs deux jeunes enfants. Le roman va retracer la vie de bâton de chaise du narrateur à travers ses échecs professionnels, sociaux et sexuels. L’écrivain y décrit son enfance à Watertown (New York), marquée par l’influence d’un père obsédé par le sport, ses études à l’USC où il croise la star de football Frank Gifford, ses séjours répétés en hôpital psychiatrique, ses mariages ratés, ses emplois précaires (professeur, employé dans une agence de relations publiques), et surtout sa lutte contre l’alcoolisme et la dépression.
Citons quelques points, sa passion pour le football américain, s’avouant « incapable d’imaginer ce que ma vie eût été sans le football pour amortir les chocs », ses nombreux séjours en hôpital psychiatrique où il juge que « les médecins n’étaient pas particulièrement compétents et acceptaient en bloc les définitions de la normalité que la société leur avait imposées », ses déboires amoureux et un savoureux et désopilant chapitre avec un certain Mister Blue, représentant de son métier, mais surtout obsédé sexuel persuadé, on ne sait pourquoi, que le narrateur est un as du cunnilingus !
Notre narrateur boit, s’entêtant dans son vice en dépit des conseils de ses quelques amis mais néanmoins toujours lucide sur lui-même, « je suis certain que mes amis avaient raison, et moi, tort. Ils étaient heureux, et je ne l’étais pas. »
Roman de l’échec et de la déchéance pour un homme qui vit en marginal dans une société obsédée par le succès. Soit une opposition entre le Rêve Américain fait de succès par la méritocratie et de beauté, et cet envers du décor fait de névroses, d’hypocrisies et de désillusions, représenté par le narrateur. Frederick Exley critique avec ironie et amertume les valeurs de la société américaine des années 1950-1960, comme la télévision qui « sape la force de caractère, la vigueur, et pervertit de manière irréparable toute notion de réalité. »
Le livre est très bien écrit, mêlant humour noir, lucidité et désespoir, s’achevant par une interrogation, « j’ai passé des après-midi entiers à imaginer comment ce soir, ce soir précisément, je trouverai la force de simplement poursuivre mon chemin. »
« C’était sans doute ça, le rêve américain : ces joues toujours roses, ces yeux d’un bleu profond, ces larges sourires dépourvus de chaleur et ces regards sans gravité, incapables du moindre sentiment, des regards qui ne pouvaient même pas afficher un soupçon de perplexité. Mais ce n’était pas l’Amérique dont je rêvais. Je savais bien que mes prétentions intellectuelles et mes humeurs étaient irrémédiablement sombres, d’une noirceur teintée d’autoapitoiement. Pourtant c’était mieux ainsi, car mieux valait vivre en martyr que de se vautrer dans la fange écervelée de ces mannequins en Technicolor. »
Frederick Exley Le Dernier Stade de la soif Mémoires fictifs Monsieur Toussaint Louverture - 507 pages -
Traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Aronson et Jérôme Schmidt, revue et corrigée
Préface de François Busnel et postface de Nick Hornby
06:00 Publié dans Etrangers, ROMANS | Tags : frederick exley | Lien permanent | Commentaires (0) |
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