08/01/2026
Joe Wilkins : Le Ciel tout entier
Joe Wilkins est poète, auteur de non-fiction et romancier. Il est né et a grandi dans l’est du Montana. Après avoir obtenu son diplôme d'ingénieur informatique, il a enseigné pendant deux ans la pré-algèbre dans le Mississippi au sein de Teach For America. Il a ensuite obtenu son MFA en écriture créative de l'Université d'Idaho. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie et d’un récit sur son enfance et son adolescence. Joe Wilkins vit actuellement avec sa famille dans l’ouest de l’Oregon, où il dirige le programme d'écriture créative à Linfield College. Le Ciel tout entier est son dernier roman (2025).
Montana, au printemps 1994. Justin, un tout jeune homme aux cheveux longs et blonds et boucles d’oreilles, ne vivant que pour sa musique, ressemble étrangement à son idole, Kurt Cobain leader du groupe Nirvana qui vient de se suicider. Logé pour ne pas dire séquestré chez un oncle alcoolique, Justin parvient à s’échapper après un épisode violent. Ailleurs, plus à l’Est du Montana, Rene Bouchard, un vieil éleveur de moutons envisage de se suicider après le décès récent de sa femme. Quant à Lianne, sa fille, en pleine crise existentielle, elle a laissé son mari et ses enfants pour revenir enseigner dans le collège de la ville la plus proche et aider son père. Quand René découvrira le gamin blond, crasseux et endormi sur un des lits de sa cabane, avec un étui de guitare en carton, c’est à l’un de ses fils, Franklin, tragiquement décédé qu’il va repenser, ce qui ravive de douloureux souvenirs de culpabilité. Justin, René, Liane et Franklin l’ombre du remords qui plane sur les Bouchard…
Un roman tout simplement magnifique.
Le roman panachant présent et flashbacks dresse le portrait et l’itinéraire de ces trois destins. Justin, moqué par tous avec ses cheveux longs, boucles d’oreilles, fait tache au pays des rudes fermiers du secteur ; solitaire, sa musique et sa guitare sont son refuge (« Il n’abandonnerait jamais sa guitare. Hors de question putain. »). Son père est parti, sa mère est à la dérive passant de bras en bras et lorsque sa dernière conquête s’en prend au gamin, c’est le clash, Justin est envoyé chez l’oncle Heck, revenu d’Irak avec un paquet de problèmes psychologiques, de Charybde en Scylla pour le môme qui fuira au prix d’un acte fort.
René et Liane, je fais court, ne sont plus en bons termes depuis le décès de Franklin, tous deux se reprochent de ne pas avoir été à l’écoute de cet enfant, fils de l’un, frère cadet de l’autre. Un enfant trop fragile, renfermé, à la personnalité troublante et qu’ils ne voulaient pas voir réellement (« Son fils était sans cesse en quête de beauté. Mais c’était la laideur qui était venue à sa rencontre. »)
Justin va jouer le rôle de catalyseur pour René et Lianne, sa détresse d’enfant perdu et en fuite rejeté par tous, sera peut-être l’occasion pour eux de réparer l’irréparable, tenter de faire avec lui ce qu’ils n’ont pas réussi à faire avec Franklin. Un gamin en quête de famille, une famille désunie en mal de rédemption.
Le roman dépeint la vie difficile dans l’Ouest américain où ces paysages grandioses sont aussi néanmoins synonymes de liberté, et la rude vie des fermiers.
Le récit, dense, très détaillé et précis pour tout ce qui touche à la faune, la flore et le travail des éleveurs de moutons ou de vaches, des personnages annexes extrêmement bien campés, s’écoule sans heurts ni soubresauts, porté par l’écriture élégante et lyrique de Joe Wilkins, recélant une vertu rare, rendre le lecteur heureux du temps passé avec lui. Ce qui n’interdit pas, dans mon cas, d’avoir souvent eu les yeux humides.
Je le répète, un roman tout simplement magnifique.
« Il avait l’impression désormais de ne jamais s’être vraiment connu, d’avoir encore moins connu sa famille. Ou bien l’avait-il connue, pendant un temps du moins, mais ses proches étaient devenus de plus en plus compliqués et insondables, à l’image d’une sente au sommet d’une crête qu’on arpente des années durant mais qui nous surprend cependant lorsque les pluies d’avril dévoilent des éléments imprévisibles qui émergent de la terre sèche et millénaire. Quelle vanité de penser qu’il pourrait mettre un terme à tout ça, rien qu’en mettant un terme à sa propre vie. »
Joe Wilkins Le Ciel tout entier Gallmeister - 525 pages -
Traduit de l’américain par Laura Derajinski
« Oh, bon sang ! Je n’arrive pas à croire que vous n’ayez jamais entendu une chanson de Nirvana. Celle-là, je crois que c’est ma préférée. Elle s’appelle Come as you are. Justin se mit à jouer, grattant les cordes avec puissance… »
06:00 Publié dans Etrangers, ROMANS | Tags : joe wilkins | Lien permanent | Commentaires (0) |
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