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12/03/2026

Charles Flamand : Chez la Turque

Charles Flamand, Charles Flamand est l’auteur de Mercœur, le roman construit en temps réel est une performance littéraire diffusée de semaine en semaine, sur les réseaux sociaux. Il est une plume régulière de Regain, le journal des campagnes. En 2021, il publie A l’Ouest, un poème en prose évoquant son lien avec le littoral et la mer. Chez la Turque, qui vient de paraître, est son premier roman.

Roland Magenta le narrateur, est un jeune éboueur au chômage. Quand France Travail lui propose un emploi un peu spécial en province, n’ayant rien à perdre ni à quitter, il accepte. Sa destination, Sainte-Honorine, une commune littorale située dans un creux de la falaise, à peu de distance de Bayeux. Là, dans un manoir décrépi, l’attend une vieille femme peintre, dite la Turque, qui l’engage pour poser en échange du gîte et du couvert et charge à lui de rédiger sa biographie. S’il s’acquitte au mieux de sa tâche, elle lui léguera son domaine sur son testament, « c’est une forme de viager que je te propose, sans investir un kopeck, rien d’autre que ton temps ».

Dès l’entame du roman on comprend qu’on entre dans le domaine du farfelu et de l’humour. Zora, « la grosse dame qui se fait appeler « la Turque », cette femelle alpha » aime se goinfrer de camembert, elle est servie et obéie comme une sultane par Noël son intendant nain (« nain-tendant »), et vit avec sa fille Marie-Claude, un peu demeurée, chargée de la cuisine et qui s’éprend immédiatement de Roland, et de son fils Jean-Pierre, garde-champêtre de la commune et jardinier de la maison aimant s’exprimer à l’imparfait du subjonctif.

La Turque peint et régente son petit monde d’une poigne de fer, Roland courbe l’échine et accepte tous ses caprices, s’étonne à peine d’étrangetés qui surviennent dans le coin, le temps s’écoule, et quand après cent-cinquante pages il en vient à se « demander quel est le véritable projet de mon étrange geôlière », le lecteur s’impatientait lui aussi depuis un bon moment… La suite du programme, c’est une rivalité entre la Turque en son manoir et le château en vis-à-vis occupé par des Belges ayant, aux yeux de Roland, une délicieuse fille qui le lui rendra bien…

Vous attendez maintenant que je livre mon verdict : j’ai bien aimé le début du roman, le côté légèrement déjanté du propos servi par une plume qui chatouillait agréablement mon intérêt, puis l’entrée en scène des différents personnages (Roland fait connaissance avec Marie-Claude alors qu’elle urine, porte de WC ouverte !). Après, ça se gâte, l’écriture amusante de l’écrivain finit par paraître ampoulée et forcée, l’histoire (quelle histoire ?) peine à intéresser, bref avec ce livre on a l’impression, tout comme il y a des gens qui s’écoutent parler, il y a des écrivains qui se regardent écrire, et le récit d’avancer sans cohésion, empilant des faits disparates et cocasses mais ne formant pas un tout très abouti.

Charles Flamand a certainement du talent mais ses futurs romans gagneraient, il me semble, à ne pas s’imaginer qu’une suite de phrases amusantes font un bouquin amusant. Des bases plus solides, une idée maîtresse en ligne rouge seraient bienvenues, ce qui manque ici.

 

« « Ah mon garçon… vieillir, c’est pas un cadeau. Heureusement que j’ai mes roses, mes buis et mes géraniums. » Je lui ai dit pour la consoler : « On peut pas être proprio de son bonheur. On peut juste en être le locataire. Et le bail est limité dans le temps." Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il est renouvelable ! Regardez, avant d’arriver ici, je ne voyais pas un bus sans que me traverse l’idée de passer sous ses roues. Et maintenant voilà que je rayonne. J’ai renouvelé mon bail ! – C’est vrai que tu étais pâlot en arrivant chez moi. Les travaux du grand air t’ont ravivé le teint. Et tu t’es refait une santé à ma table… »

 

 

Charles Flamand, Charles Flamand   Chez la Turque   Editions Au Hasard  - 228 pages -  

 

 

 

 

Je profite de cet ouvrage pour saluer la naissance d’une nouvelle maison d’édition, Au Hasard, qui m’a offert deux de ses premiers romans. Je les en remercie et je leur souhaite tout le succès possible dans leur entreprise !