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22/02/2018

Luke Mogelson : Ces morts heureux et héroïques

Luke Mogelson, Luke Mogelson est né en 1982 à Saint-Louis, Missouri. D’abord infirmier dans le régiment de la 69e infanterie, garde nationale de l’armée de New York, entre 2007 et 2010, il est ensuite journaliste de 2011 à 2014 : il était basé en Afghanistan pour le New York Times Magazine et il a aussi couvert la guerre en Syrie et l’épidémie Ebola en Afrique de l’est pour le New Yorker. Aujourd’hui il vit à Paris et Ces morts heureux et héroïques, qui semble être son premier ouvrage, vient tout juste de paraître. Il s’agit d’un recueil de dix nouvelles.

Tous ces textes ont un point commun, ils tournent tous autour du conflit en Afghanistan. Seule une minorité se déroule là-bas en fait, les autres rendent compte d’une réalité moins visible, une sorte de dégât collatéral, ces soldats américains revenus au pays marqués psychologiquement et qui tentent de se refaire une vie. Leur souffrance se transmettant à leurs proches ou à leur entourage. La guerre détruit ceux qui combattent tout autant que ceux qui n’y prennent pas part.

Dans Cap au lac, un soldat démobilisé cherche à reconquérir sa femme retournée vivre chez ses parents ; une autre nouvelle, Du bar, montre un homme qui préfère se réengager dans l’armée plutôt que vivre une vie civile trop merdique. Ou cette autre, En temps de paix, un infirmier revenu des combats vit dans l’arsenal plutôt que retourner chez sa femme… Mon texte préféré peut-être, Visites, voit une mère faire des visites au parloir de la prison où son fils est incarcéré, elle y découvre un monde qu’elle ne connait pas, mais pire encore, un enfant dont elle ne sait rien de sa personnalité depuis qu’il est parti à la guerre. Très émouvant.

L’écrivain s’intéresse à l’angle psychologique de ses personnages, leurs relations avec les autres, militaires sur le terrain ou civils après le retour aux Etats-Unis. La guerre étant ce qu’elle est, on ne peut échapper à quelques scènes très dures – bien que ce ne soit pas trop fréquent.

Un bouquin pas facile à chroniquer car s’il a des qualités, je n’en ressors pas pour autant conquis. Son atout principal c’est l’écriture très personnelle de Mogelson faite de raccourcis et d’ellipses qui obligent le lecteur à boucher les trous donc à rester concentré sur chaque ligne lue. J’avoue avoir perdu le fil parfois, obligé de revenir en arrière pour recoller les morceaux. Luke Mogelson maîtrise son style mais il lui faut des lecteurs à la hauteur de son ambition.

 

« Dans le verger, je vis quelques uns des Américains regroupés autour d’un arbre. Quand j’avançai vers eux, j’entendis des rires. L’homme était assis parmi les feuilles, adossé contre un tronc. Un éclat de shrapnel l’avait touché au front. Le sommet de son crâne avait été emporté. Il ne restait plus qu’une surface plane, comme ces planches anatomiques montrant un cerveau en coupe. Les soldats riaient parce que quelqu’un avait placé une cigarette allumée dans sa bouche, renforçant l’impression que, malgré son cerveau exposé, l’homme n’était qu’un homme. » [Nouvelle directive]

 

Luke Mogelson, Luke Mogelson  Ces morts heureux et héroïques  Gallmeister – 202 pages –

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

07:33 Publié dans NOUVELLES | Tags : luke mogelson | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | |