23/02/2026
Rachilde : L’Animale
Marguerite Eymery (1860-1953), dite Rachilde, est une femme de lettres française. Fille de militaire, rejetée par son père qui aurait voulu un garçon, et d’une mère excentrique adepte de spiritisme, elle refusa durant son adolescence un premier fiancé militaire proposé par son père, en mettant en balance une menace de suicide, et adopta le pseudonyme de Rachilde lors d’une séance de table tournante. Romancière prolifique, elle écrivit plus de soixante-cinq ouvrages et publia sous les pseudonymes de Jean de Childra et Jean de Chibra. L’Animale est un roman paru en 1893.
Fille de notaire, Laure Lordès, notre héroïne, est originaire d'un petit village du sud de la France. Dès l’enfance elle est guidée par la sensualité et l'instinct et tout aussi rapidement, au fil des années, elle va rendre fous les hommes, d’abord gamine avec un fils de paysan qui en gardera une langueur éternelle, un peu plus tard avec le prêtre du village qui lui aussi en perdra son latin, mais quand le clerc borgne de son père va se suicider à cause d’elle après avoir avoué par vengeance sa liaison au futur fiancé de Laure, ce sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase, rejetée par tous, elle fuit à Paris.
Son petit logement au dernier étage lui donne accès directement au toit par un vasistas où notre chatte, va errer les nuits et recueillir un chaton qu’elle appelle Lion. Cette rencontre marque le début d'une passion malsaine pour cette bête qui devient le symbole de son animalité et de sa quête d'assouvissement de ses instincts primaires. Laure, déjà mal perçue par ses mœurs, voit sa chute s'accélérer à mesure que la frontière entre l'humain et l'animal va se réduire (Rachilde la décrit comme une "femme-loup", une "femme-panthère"), conduisant à un dénouement tragique et violent…
Avec l’écrivaine il faut toujours (?) s’attendre à des histoires détraquées comme je l’avais déjà constaté avec Monsieur Vénus. Nous avons là un roman très fin-de-siècle, dans la veine du symbolisme, avec un récit très noir et assez cru, pas dans les termes mais dans l’esprit. Le roman explore la frontière entre l'humain et l'animal, à travers le personnage de Laure, dont les comportements sont dictés par ses pulsions et sa sensualité débridée où le désir et la violence se mêlent. La jeune femme incarne la révolte contre les conventions bourgeoises et morales de son époque, refusant de se soumettre aux attentes sociales, se sentant en prison dans le monde des humains, elle aspire à une liberté sauvage, et l’embrasement de sa nature "animale" en fait une figure subversive et perverse (« La volupté, c’est ma religion ! »). Le dénouement ne pourra qu’être tragique, soulignant l'impossibilité pour elle de concilier ses instincts et les exigences de la société.
Un bon roman.
« Ce fut durant cet hiver noir qu’à vivre en un perpétuel tête-à-tête avec son chat elle découvrit une passion dont elle n’avait point encore goûté ; Laure sentit que Lion était amoureux d’elle, cela sans trop d’étonnement, sa névrose s’accommodant de toutes les situations ridicules. (…) Dans l’étroitesse de leur existence, où l’amour d’un homme ne trouvait plus de place, elle fit ses délices de son chat et jouit véritablement d’un bonheur animal très exquis. Ces deux simples créatures, si naturellement compliquées, s’entendaient à merveille, et ressentaient les mêmes ennuis, les mêmes impatiences, les mêmes joies. »
Rachilde L’Animale Bartillat - 295 pages -
P.S. : Monsieur l’éditeur, cette édition manque de sérieux, le bouquin est truffé de fautes d’impression et je trouve cela particulièrement exaspérant !
06:00 Publié dans Français, ROMANS, XIXe siècle | Tags : rachilde | Lien permanent | Commentaires (0) |
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