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28/10/2021

Marcel Aymé : Aller retour

Marcel Aymé, Arthur Miller, Tennessee WilliamsMarcel Aymé (1902-1967) est un écrivain, dramaturge, nouvelliste, scénariste et essayiste français. Ecrivain prolifique, il a laissé deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de cent soixante articles et des contes. Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). Second roman de l’écrivain, Aller retour a été publié en 1927.

Justin Galuchey, provincial d’origine paysanne, époux d’Apolline une payse ni attirante ni intelligente, mène une vie de petit employé de bureau à Paris, « Ils s’aidaient mutuellement à s’enliser dans une demi-inconscience de toutes choses. » Une existence faite des moqueries perpétuelles de ses collègues et de soumission devant ses supérieurs. Pourtant l’homme a des rêves, un bel appartement, une garçonnière pour recevoir une maîtresse… Aussi inattendu que brutal, un jour il s’en prend à sa femme et sort s’aérer l’esprit, une intrépidité qui va modifier le cours de sa vie : pris dans une rixe dans un bistrot il écope d’un cocard et décide de rompre avec son passé, nouveau costume, cravates à la mode, il prend de l’assurance à la grande surprise de ses collègues, ce qui lui vaut une promotion, il devient chef de service. Dans la foulée il fait la connaissance de Raymonde, une jeune fille d’un ami de son oncle qui lui laisse espérer de nouvelles folies… 

Un roman dans lequel Marcel Aymé nous interroge, peut-on échapper à sa condition quand le bonheur est si fragile, tenant à peu de choses.

Avec Raymonde, Justin s’extraie de son train-train mortel, avec elle ce sont les champs de courses hippiques, les cercles de jeux, ces rapprochements deviennent plus pressants, il envisage le divorce, loue une garçonnière où il se prépare à recevoir Raymonde ; l’argent lui file entre les mains, qu’importe… Mais quand il pense atteindre son but, l’oncle qui ne voit pas d’un bon œil la liaison entre Justin et Raymonde, d’un geste banal et fortuit – à première vue – ridiculise Justin sous les yeux de Raymonde qui s’esclaffe et le condamne à un retour peu glorieux vers son ancienne vie.

Aller retour n’est pas un roman majeur de l’écrivain mais il ne manque pas de charme. Les personnages secondaires sont pittoresques : travers de chacun de ses collègues de bureau, le chef sur une estrade pour surveiller ses subalternes ; Le Bombé, un bossu vendeur à la sauvette qui dégotte un job dans un cercle de jeux, où les clients touchent sa bosse pour se porter chance…

Et dans les rôles principaux, Justin dont on suit l’évolution psychologique et physique, Apolline l’épouse soumise qui ne comprend rien à ce qui se passe, Raymonde une jeunette qui fréquente mollement la Faculté de droit et plus les lieux où l’on claque son argent et s’imagine un roman avec Justin, enfin l’oncle, il a roulé sa bosse et fait fortune à l’étranger, pas dupe des manigances et projets de Justin, il va casser son beau rêve. Non pas qu’il réprouve moralement la liaison adultère entre les deux, il n’en a que faire, mais parce qu’au final ce serait chez lui et à cause de lui que cette situation aurait pris corps et sa réputation en souffrirait !

 

« Prétextant de la foule compacte, elle prit son bras pour entrer à la pelouse. A son côté, elle se serrait avec des mouvements onduleux de tout le corps, lui parlait sous le nez, ouvrait son le col de son manteau, étudiait ses poses. Comme une fille. Justin était en plein ravissement, sentait son âme ruisseler frais dans son corps dilaté de tendresse. Au milieu de la cohue des dimanches qui se pressait sur la pelouse, il lui semblait être isolé avec Raymonde, à l’aise comme dans un bois complice. Et il eut si fort cette impression que, toute timidité refoulée, il arrondit le bras pour prendre la taille de son amie. Mais il ne prit que le vide, car Raymonde, ayant regardé l’heure, s’échappait vers un guichet du pari mutuel, reprise par la fièvre du jeu et l’ambiance de la pelouse. »

 

 

Marcel Aymé, Arthur Miller, Tennessee WilliamsMarcel Aymé   Aller retour   Gallimard La Pléiade Œuvres romanesques complètes Tome 1 - 105 pages –

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