25/05/2026
Morgan Talty : De l’autre côté de la rivière
Morgan Talty, né en 1991, est membre de la tribu des Indiens Penobscots. Professeur à l'Université du Maine, il enseigne également à l'Institute of American Indian Arts de Santa Fe (Nouveau-Mexique). Il vit à Levant, dans l’Etat du Maine. Son recueil de nouvelles Night of the Living Rez (à paraître prochainement en français) a remporté plusieurs prix. De l’autre côté de la rivière, son premier roman, vient de paraître.
Dans le Maine. Charles Lamosway, membre de la communauté Penobscot, observe depuis des années la vie de sa fille Elizabeth, qui grandit de l’autre côté de la rivière. Sa femme Mary l’a quitté quand elle était enceinte pour refaire sa vie avec Roger, tous les trois habitent la maison, face à celle de Charles, si ce n’est qu’une rivière coule entre eux. Charles qui n’a qu’un rêve, que sa fille connaisse la vérité sur son identité et son héritage, plutôt que de le voir comme un simple homme blanc vivant en face d’elle.
Un roman psychologique, pas mal, mais je n’irai pas plus loin dans les compliments.
Le roman raconte l’histoire d’une famille déchirée par le mensonge, les non-dits et les secrets familiaux, ainsi que la relation complexe entre un père et sa fille, marquée par la distance physique et culturelle. Tous les acteurs de ce roman rament et tentent de se dépatouiller avec leurs problèmes psychologiques.
Rapide passage en revue des personnages : Charles, fils d’un mère blanche (Louise) et d’un père autochtone qui les a abandonnés remplacé par Frederick, un beau-père dont la mort lors d’un accident de chasse le hante toujours, s’en estimant responsable (« C’est vrai, j’aurais pu le sauver. Mais est-ce ma faute pour autant ? »). Louise, aujourd’hui âgée est atteinte d’une sorte d’Alzheimer, ne reconnaissant pas toujours son fils qui vient chez elle pour l’aider dans sa vie quotidienne ou l’amener chez le médecin, elle lui tient rigueur du décès de Frederick, sans savoir exactement le fond de l’histoire. Bobby, un ami de Charles, ils se sont connus lors d’une réunion des Alcooliques anonymes, il boit toujours, fait des projets utopiques pour eux deux, mais il est très gentil avec Louise qui l’aime bien, elle aussi.
Le roman aborde la notion d’identité et d’appartenance à travers le prisme de la communauté amérindienne, droit du sol et droit du sang, Charles n’est pas un vrai autochtone et n’a plus le droit de vivre sur la réserve selon la loi, sa fille Elizabeth encore moins, ce qui fut la cause du divorce d’avec Mary qui veut cacher à sa fille sa véritable origine. Malgré les obstacles, l’amour du père pour sa fille est au cœur du récit où la rivière symbolise la séparation entre deux mondes, deux cultures, et les défis liés à la communication et à la compréhension mutuelle.
Si mon avis sur ce roman est plutôt tiède, c’est que j’ai été agacé par le caractère des protagonistes (donc un problème personnel et non un défaut dû au romancier), les gens ne se parlent pas, Charles ne sait pas comment expliquer à sa mère la vérité sur le décès de Frederick, il ne sait pas non plus comment s’y prendre pour parler à sa fille car Mary s’y oppose farouchement etc. Autre critère, je n’ai pas vraiment aimé l’équilibre général du roman, il nous est vendu pour le lien père/fille mais c’est surtout la relation mère/fils qui en occupe le plus de pages !
« Je ne suis pas skeejin – autochtone -, et ne peux même pas m’enorgueillir d’être « Panawahpskewi » vu que je n’ai aucun ancêtre amérindien. Mais j’ai l’impression d’en être un, ou de prendre part à leur expérience. Si je ressens ça, ce n’est pas parce que j’ai grandi sur une réserve. Penser que la réserve est ce qui fait de quelqu’un un Indien, c’est commettre un nouveau massacre envers tous ceux qui n’y habitent pas. (…) Aucun lien ne fait de quelqu’un un autochtone. Ca le renforce, voilà ce que je dirais, mais ce n’est pas un facteur décisif. Moi, c’est l’amour de Frederick qui m’a donné l’impression d’être autochtone. »
Morgan Talty De l’autre côté de la rivière Albin Michel - 257 pages -
Traduit de l’américain par Stéphane Roques
06:00 Publié dans Etrangers, ROMANS | Tags : morgan talty | Lien permanent | Commentaires (1) |
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Écrit par : Athalie | 25/05/2026
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