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05/08/2015

Carole-Anne Eschenazi : Extrasystoles

Carole-Anne Eschenazi Bac Littéraire en poche, Carole-Anne Eschenazi entame des études audiovisuelles qui lui apprennent l’écriture et la réalisation cinématographiques. Son premier court-métrage remporte un prix de scénario à Cannes en 1998. Elle multiplie ensuite les expériences professionnelles, mais l’écriture a toujours formé le fil rouge du cheminement tant personnel que professionnel, de Carole-Anne Eschenazi : Scénarii, articles, outils de formation, romans, nouvelles, contes... C’est pourquoi en 2011 la jeune femme décide de se consacrer exclusivement à cette vocation. En 2012 et 2013, Carole-Anne publie deux premiers ouvrages fruits de son expérience, personnelle pour Ma Balance Et Moi, professionnelle pour l’autre, La Méthode Du Héros. Son dernier ouvrage, Extrasystoles, vient de paraître.

Il s’agit d’un recueil de dix-sept nouvelles, regroupées dans un livre dont le titre dit bien ce qu’il veut dire. Pour rappel, une systole est une contraction cardiaque anormale survenant de manière prématurée au cours du cycle cardiaque. Sans allez jusque là - il ne faut pas charrier non plus - je reconnais que ce bouquin m’a scotché ! Je n’avais jamais entendu parler de Carole-Anne Eschenazi à ce jour, j’espère qu’on en reparlera longtemps dans le futur.

Tout m’a plu dans ce recueil car tout est bon. Toutes les histoires tiennent la route et s’achèvent sur une chute très réussie et souvent rude teintée d’humour noir. Leurs héros sont des personnages quelconques, de ceux que l’on croise dans la vie de chaque jour, à ce détail près que croiser les gens n’est pas les connaître, et les connaître un peu c’est entrer dans le jeu machiavélique de l’écrivain qui nous amènera à la chute brutale et stupéfiante. Il y a là Emma, amoureuse, hélas pour elle, de cet acteur anglais bien connu ; Benjamin, ce gamin précoce en amour et Julien, le lycéen trop balèze en maths, hélas pour sa prof ! On croise aussi une escargologue (« C’est quoi ça, comme métier ? »), un vieux soldat rêvant d’amour, un Grand Ecrivain n’ayant que l’écriture pour maîtresse, hélas pour celles qui ne l’auront pas compris… Carole-Anne Eschenazi ne se cantonne pas à écrire des histoires intemporelles, elle touche aussi au concret et au social, un petit commerçant braqué sept fois et qui ne veut plus se laisser intimider, le patron de bistro qui craint la montée du FN et ce chasseur qui s’en réjouit…   

De bons scénarii ne suffisent pas pour faire de bonnes nouvelles, ils leur faut encore tout le reste, ce qui fait le réel écrivain et donc le talent. Rassurez-vous, il y en a aussi ! L’écriture est puissante et dense, sans remplissage aucun. J’y ai vu de nombreuses références discrètes au monde du cinéma, ou plus appuyées comme dans Joyeux Noël qui m’a vaguement rappelé le film de Bertrand Blier,  Préparez vos mouchoirs (1978). La dernière nouvelle, Comme elle, m’a semblé un pastiche de Maurice G. Dantec, tout en restant dans l’optique de l’auteure, et je n’oublie pas Corps et bien, superbement écrite, dans une prose qui sonne comme des alexandrins à la lecture. Enfin, et c’est peut-être ce qui m’a le plus emballé dans ce recueil, outre le thème général, les névroses et les vies qui déraillent, ces textes ne sont pas aussi isolés qu’on pourrait le penser. Ils entrent en résonance les uns avec les autres, souvent par paires, discrètement quand un personnage d’une nouvelle est cité dans une autre, mais c’est particulièrement évident avec Et tonnerre frappa, ce qui donne l’impression à lire cet ouvrage, d’un long travelling dans votre rue, avec des gros plans sur tel ou telle, silhouettes anonymes jusqu’alors.

« En soi, Jeff n’est pas spécialement pour la clope, ou pour la biture, mais c’est vrai qu’il est un peu nostalgique de ces soirées où le monde pouvait être refait, arrondi, adouci, dans les volutes des gitanes et la chaude couleur du whisky. Cela avait un côté feu de camp originel, quelque chose d’un peu archaïque et de fondamentalement viril. Comme si l’absorption de ces substances, et même si elles n’étaient pas bonnes pour la santé, procédait d’une envie de partage, d’une solidarité masculine avérée, d’une fraternité inaliénable. Aujourd’hui, tout est à la fois plus cruel et plus aseptisé. On baigne dans le politiquement correct et dans le socialement insupportable. » [La Vie couleur bourbon]

 

 

Carole-Anne Eschenazi Carole-Anne Eschenazi   Extrasystoles  Cent Mille Milliards – 175 pages -