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12/01/2026

László Krasznahorkai : Petits travaux pour un palais

László Krasznahorkai, László Krasznahorkai, né en 1954 à Gyula, est un écrivain et scénariste hongrois, auteur de plusieurs dystopies. Il a signé les adaptations de ses romans, notamment Tango de Satan et La Mélancolie de la résistance, pour des films réalisés par Béla Tarr. Il est lauréat du prix Nobel de littérature en 2025, « pour son œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu de la terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l'art. »

Paru en 2024, Petits travaux pour un palais, sous-titré Pénétrer la folie des autres, est une novella dont la particularité est d’être constituée d’une unique phrase ! Une mise en bouche, moyennement originale, pour un texte qui va s’avérer assez barjot dans son ensemble et qui m’a souvent amusé.

New York. Le récit est le reflet des carnets tenus par un certain herman melvill, pas le grand écrivain Herman Melville auteur de Moby Dick, mais un homonyme, petit bibliothécaire travaillant depuis quarante ans à la New York Public Library, une personne assez déroutante avec des idées fixes qu’il aime à ressasser, comme son problème de pied (et très vite le lecteur devine que ce n’est pas le pied du type qui est son véritable handicap !). Notre herman, crapahute dans la ville sur les traces de ses héros, Herman Melville, le vrai, Malcolm Lowry autre écrivain célèbre et Lebbeus Woods, architecte génial aux yeux d’herman. Avec lui nous sillonnons Manhattan dans leurs pas, les lieux qu’ils ont habités, les bars où ils ont bu, les immeubles qu’ils ont construits, Manhattan qu’herman déteste, (« Manhattan, sachez-le, est vulgaire (…) un monstre vibrant d’un fétichisme démentiel pour l’argent »). Le bibliothécaire voit à travers leurs œuvres une vision commune, « il n’y a pas de paix, l’univers n’est que danger, risque, tension et destruction, rien ne peut y demeurer intact ». Parallèlement à cette idée du monde, il envisage secrètement de créer une bibliothèque, à ses yeux idéale, c’est-à-dire fermée au public, un projet délirant qu’il appelle son "Palais", devant abriter des millions de livres et devenir un sanctuaire inaccessible, dont il serait le seul gardien.  

Le petit bonhomme erre dans les rues de Manhattan, ruminant sur l’art, la folie, l’échec, et la place de l’homme dans un monde qu’il perçoit comme chaotique et absurde, perdant parfois le fil de ses pensées (« ça y est, j’ai encore oublié ce que je voulais dire… ») ou ayant du mal à ordonner son discours (« je vous raconterai comment plus tard si j’en ai le temps et si j’y pense »). Le lecteur est partagé entre la peine et le rire, la peine car nous avons compris qu’il est paranoïaque ou du moins sévèrement atteint, et le sourire devant ses propos sibyllins ou farfelus, voire franchement amusants (« … sans aucun rapport avec ce qu’il avait écrit avant ou après, puisque, après il n’avait rien écrit »).

La folie et l’obsession, l’enfermement et l’isolement, le sentiment de décalage et de quête d’identité sont quelques-uns des thèmes abordés par ce texte qui me laisse néanmoins dubitatif : ai-je aimé ou non ? Je ne sais pas vraiment mais vu que je l’ai lu jusqu’au bout et que globalement j’ai plutôt souri…

 

László Krasznahorkai, László Krasznahorkai   Petits travaux pour un palais   Cambourakis  - 107 pages -   

Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly

 

 

 

 

 

« … ce compositeur hongrois mondialement célèbre avait vécu ici, je ne connais pas bien ses œuvres, à l’exception du Concerto pour orchestre, que j’ai dû, en revanche, écouter une centaine de fois, et je dois avouer que lorsque je l’écoute seul, à un certain moment, les larmes me montent aux yeux… »