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26/03/2026

Marlen Haushofer : Le Mur invisible

Marlen Haushofer, Marlen Haushofer, née Marie Helene Frauendorfer (1920-1970), est une écrivaine autrichienne. Fille d’un garde forestier et d’une femme de chambre, elle passe son enfance dans la maison forestière. Mère de deux enfants et assistante au cabinet dentaire de son mari, elle mène, parallèlement, une activité littéraire. Son œuvre la plus connue, Le Mur invisible, publié en 1963, est considérée comme un roman de science-fiction féministe.

Après une catastrophe planétaire dont on ne saura rien, une femme dont le nom ne nous est pas révélé, se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt des Alpes autrichiennes. Une nuit, un mur invisible l’a cloitrée sur un pan de montagne, au-delà, elle aperçoit au loin, les cadavres pétrifiés de paysans et d’animaux. Toute vie s’est éteinte, sauf dans sa bulle. Le récit est un journal de sa tentative de survie et s’achèvera quand elle n’aura plus de papier pour y consigner les évènements survenus.

Evacuons tout de suite la vague similitude avec le roman de Stephen King, Dôme (2011) ou son adaptation télévisée éponyme. Ecrit au début des années 60, à cette époque nous vivions avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, l’éventuelle guerre nucléaire et apocalyptique entre l’Est et l’Ouest…

Nous suivons donc la narratrice, guère préparée à cette épreuve, dans son organisation pour assurer sa survie au quotidien, en compagnie de quelques animaux domestiques, un chien, une chatte, une vache qui au fil du temps auront des petits. Travaux des champs, chasse, coupe du bois, intempéries, chaque jour elle apprend les gestes de base par la pratique ou en consultant un almanach paysan. Sa vie est en jeu et ses animaux lui créent une responsabilité, c’est pour leur petit groupe qu’elle doit se démener, trouver la nourriture quotidienne, prévoir comment affronter l’hiver quand il arrivera…

Coupée de toute société humaine, ce qui la pousse à se confronter à elle-même et à ses propres limites, elle doit apprendre à vivre en autonomie, en exploitant les ressources de la nature et en s’adaptant aux saisons elle réalise que la place de l’humain dans la nature n’en fait qu’un simple vivant parmi d’autres. Un temps, vivant dans la peur causée par sa solitude forcée et l’ignorance totale de ce qui est survenu elle espérera être sauvée un jour avant d’en prendre son parti.

Cette vie d’ermite, est assez répétitive, seuls quelques incidents viennent ponctuer le récit, quelques joies, quelques peines, la présence de ses compagnons animaux apporte les touches d’émotion simples à comprendre pour le lecteur.

Aux efforts physiques de la narratrice viennent se greffer, et c’est le but du roman, ses réflexions sur la solitude, la nature, la mémoire et le sens de la vie, ne pouvant faire abstraction de ses souvenirs et de la perte de son ancien monde (ses enfants, tous ceux qu’elle a connu et qui sont morts désormais), ce qui influence son quotidien et ses réflexions. Un roman psychologique basé sur l’expérience intérieure et la transformation de la protagoniste.

Le texte est dense, sans aucun chapitrage, mais l’écriture alerte lui donne un rythme certain. Quelques suspenses viennent titiller le lecteur quand elle nous annonce longtemps par avance un ou plusieurs évènements dramatiques qui ne surviendront que dans les dernières pages.

 

« Je plains les animaux et les hommes parce qu’ils sont jetés dans la vie sans l’avoir voulu. Mais ce sont les hommes qui sont sans doute le plus à plaindre, parce qu’ils possèdent juste assez de raison pour lutter contre le cours naturel des choses. Cela les a rendus méchants, désespérés et bien peu dignes d’être aimés. Et pourtant il leur aurait été possible de vivre autrement. Il n’existe pas de sentiment plus raisonnable que l’amour, qui rend la vie plus supportable à celui qui aime et à celui qui est aimé. Mais il aurait fallu reconnaître que c’était notre seule possibilité, l’unique espoir d’une vie meilleure. Pour l’immense foule des morts, la seule possibilité de l’homme est perdue à jamais. Ma pensée revient sans cesse là-dessus. Je ne peux pas comprendre pourquoi nous avons fait fausse route. Je sais seulement qu’il est trop tard. »

 

 

Marlen Haushofer, Marlen Haushofer   Le Mur invisible   Babel  - 345 pages -

Traduit de l’allemand par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon