Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/06/2016

Leo Perutz : Le Cavalier suédois

leo perutzLeo Perutz est un écrivain autrichien de langue allemande né à Prague en 1882. Il quitte la Bohème à l'âge de 17 ans pour Vienne où il étudie les mathématiques et la littérature. Il s'intéresse à la théorie des jeux de hasard et commence par travailler dans une compagnie d'assurances avant d’être appelé au combat pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est blessé. De retour à Vienne, il publie son premier ouvrage et entreprend de nombreux voyages. Il quitte l'Autriche pour la Palestine en 1938, au moment de l'Anschluss. Léo Perutz meurt en 1957. Le Cavalier suédois est paru en 1936.

Pour faire court historiquement parlant, car trop complexe à expliquer ici, le roman se déroule dans les toutes premières années du XVIIIe siècle en Pologne qui fut envahie par la Suède. Maria Christine von Blohme écrit ses mémoires, revenant en particulier sur le destin de son père surnommé le « Cavalier suédois », tué à la guerre en Russie alors qu’elle n’avait que sept ans. Un destin extravagant qui débute par l’errance de deux hommes compagnons d’infortune, affamés et frigorifiés, un voleur (nommé Piège-à-Poules) et un jeune noble déserteur cherchant à rejoindre l’armée suédoise (Christian von Tornefeld). Le second espère trouver de l’aide chez son parrain dont le domaine est proche et pour la fille du quel il nourrit une passion partagée depuis l’enfance. Christian, trop mal en point, envoie Piège-à-Poules chez son parrain, en ambassadeur, funeste initiative car le voleur va tomber immédiatement amoureux de Maria Agneta, aujourd’hui une belle jeune fille… Les deux hommes vont voir leurs chemins se séparer et la suite du roman recèle tant de rebondissements qu’il m’est impossible de vous les résumer ici.

Toute la beauté du livre réside dans sa construction particulièrement chiadée. Car outre les aventures extraordinaires vécues par ces deux-là, mêlant le fantastique (le fantôme du meunier), l’ésotérique ou le rêve (l’ange et le jugement de Dieu), le picaresque, l’amour et l’émotion, la trahison, que sais-je encore… l’éblouissement provient de l’usurpation d’identité imaginée par l’écrivain, le voleur va endosser la personnalité de Christian pour se glisser dans l’intimité de Maria Agneta et vivre marié plusieurs années avec elle, jusqu’à ce que… Jusqu’à ce que, le destin ou la justice divine, donnez-lui le nom que vous voudrez, n’intervienne pour remettre les pièces du puzzle en ordre, lors d’un dernier chapitre carrément sublime de beauté et d’émotion, venant boucler le récit avec son prologue.

J’ai eu beaucoup de mal à rédiger cette chronique, l’idéal étant de ne rien dire de l’histoire en forme d’anneau de Moebius pour ne pas vous gâcher la lecture, mais comment vous y inciter, sans n’en rien dire ? Sachez aussi que l’écriture s’ingénie à rester dans le ton de l’époque, c'est-à-dire paraître vieillotte avec tournures de phrases ou expressions bien datées. Nombreux, dont l’auteur lui-même (mais un père est-il le mieux placé pour juger de ses enfants ?), voient en ce roman son meilleur ; je me suis longtemps posé la question durant ma lecture, y voyant un sympathique roman de cape et d’épée rondement mené, écrit à l’ancienne, avec du fond certes, mais bon… et puis arrive le dénouement qui enlève le morceau, écrasant tout sur son passage, tant il est magistral de technique narrative et d’émotions induites. Un excellent roman c’est certain, mais son meilleur, je ne sais pas.  

 

« Quant à mon père, le « Cavalier suédois », écrit pour finir Maria Christine von Blohme, il n’est pas revenu. Jamais plus il ne m’a réveillée par ses coups légers contre les volets. Comment a-t-il pu combattre et tomber dans les rangs de l’armée suédoise et, dans le même temps, venir si souvent dans notre jardin la nuit, pour parler avec moi ; et s’il n’est pas tombé, pourquoi n’est-il jamais revenu frapper à ma fenêtre ? – voilà qui est resté pour moi, ma vie durant, un mystère, un insondable et douloureux mystère. »

 

leo perutzLeo Perutz  Le Cavalier suédois  Phébus Libretto  - 275 pages –

Traduit de l’allemand par Martine Keyser

07:44 Publié dans Etrangers | Tags : leo perutz | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | |

Commentaires

Anneau de Möbius? (oui, je sais ce que c'est, mais de telles références me réjouissent). J'ai aperçu ce titre ce matin sur facebook, il semble qu'il y ait eu une lecture commune, et que ce Cavalier ai bien plu.

Écrit par : keisha | 06/06/2016

Effectivement c’était la journée Leo Perutz initiée par Sandrine (Tête de lecture) ! J’ai chroniqué trois ouvrages de cet écrivain sur mon blog, trois bonnes pioches d’après moi, faites votre choix parmi l’un d’eux pour découvrir Perutz.

Écrit par : Le Bouquineur | 06/06/2016

Tous les billets sur ce roman confirment que je n'ai pas fait le bon choix. J'ai pris le roman de Perutz qui se trouvait sur mes étagères depuis plus d'un an, mais il n'est à l'évidence pas aussi réussi que celui-là. Je retenterai donc l'aventure Perutz avec ce titre, sans faute !

Écrit par : Sandrine | 06/06/2016

Comme je le disais à Keisha, j’ai chroniqué trois ouvrages de cet écrivain sur mon blog, trois bonnes pioches d’après moi, faites votre choix parmi l’un d’eux pour redécouvrir Perutz.

Écrit par : Le Bouquineur | 06/06/2016

C'était personnellement le 1e titre que je lisais de cet auteur, et j' n'ai pas été déçue ! J'ai été bluffée par ce que tu soulignes dans ton billet : la capacité de l'auteur à mêler les genres (l'épique, le surnaturel, ...) avec une parfaite maîtrise. C'est un roman à la fois divertissant et intelligent...
Je m'en vais lire à présent ton avis sur les autres titres que tu as lus, afin de faire mon choix, en effet, pour une prochaine lecture..

Écrit par : ingannmic | 06/06/2016

J’ai été déçu et surpris par les commentaires peu favorables de nos amies/collègues blogueuses sur d’autres romans de Leo Perutz car les trois romans que j’ai lus de cet écrivain sont excellents, à mon avis. J’en déduis que j’ai eu la chance d’avoir tiré les bons numéros d’une part et que Leo Perutz n’écrit pas que de très bons livres, d’autre part ? En tout cas, lis mes différents billets pour te faire un avis… mais je pense pouvoir te certifier que ces autres bouquins sont très bons.

Écrit par : Le Bouquineur | 07/06/2016

Tu dis avoir eu du mal avec cette chronique ...
Pour ma part je la trouve parfaite : tout est dit sans trop en dire : le fantastique, l’ésotérique, le rêve, le picaresque, l'amour....
Bonne journée

Écrit par : valentyne | 08/06/2016

C'est gentil.... merci Valentyne !

Écrit par : Le Bouquineur | 08/06/2016

Les commentaires sont fermés.