Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/08/2016

Marcel Aymé : La Vouivre

marcel ayméMarcel Aymé (1902-1967) est un écrivain, dramaturge, nouvelliste, scénariste et essayiste français. Écrivain prolifique, il a laissé deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de cent soixante articles et des contes. Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). Son roman La Vouivre est paru en 1943.

Pour écrire ce roman Marcel Aymé s’est inspiré d’une légende franc-comtoise, sa région natale, et il a fait de la Vouivre (plutôt dragon dans les légendes) une belle jeune fille immortelle qui court les campagnes et les bords de rivières, un diadème de rubis d’une valeur inestimable dans les cheveux, escortée et gardée par une meute de serpents.

Dans un petit village campagnard du Jura, deux familles voisinent se détestent depuis plusieurs générations, les Muselier et les Mindeur. Arsène Muselier, le héros du roman vit dans la ferme avec son frère aîné Victor, leur mère, Urbain le vieux garçon de ferme et Belette une jeune servante. Dans la famille Mindeur, outre la charmante Juliette on retiendra surtout le personnage de Germaine sa soeur, « réputée la plus grande putain du canton », surnommée « la dévorante » ! Bien entendu il y a l’instituteur assez effacé, le curé qui croyait « que de bonnes terres au soleil et une bécane nickelée à changement de vitesses auraient fait plus pour la cause de Dieu que le sermon le plus touchant et le mieux envolé », et le maire, un radical qui « se jurait de lutter contre Dieu pour la République laïque et démocratique ». Sans oublier le fossoyeur, un poivrot notoire, perdu dans ses rêves.

L’arrivée de la Vouivre va déclencher les passions dans le village. La belle semble s’être pris de tendresse pour Arsène qui lui cédera mais l’Arsène est un pragmatique qui construit son avenir : il n’insiste pas trop avec la Vouivre conscient de sa nature surnaturelle, il a des relations tendres et hygiéniques avec Belette, il n’est pas insensible aux charmes de Juliette mais c’est une Mindeur, alors il envisage d’épouser Rose, une fille laide qu’il n’aime pas, mais riche. Le reste du village ne voit dans La Vouivre que son diadème, un trésor convoité mais inaccessible qui fera une première victime, mort à laquelle Arsène n’est pas moralement étranger, ce qui va lui peser.

De son côté le curé tentera de récupérer le désordre induit par la Vouivre pour relancer son commerce religieux en perte de vitesse, tandis que le maire confronté au trouble public, sera à deux doigts de se confesser ce qui encouragerait le cléricalisme. Le roman s’achève sur un geste aussi beau que dramatique de la part d’Arsène, comme un rachat final.

Un texte délectable et jubilatoire. Le lecteur se régale de ces portraits croustillants, des liens unissant les uns et les autres secrètement ou pas, des querelles de clocher dans des décors paysans comme nous les fantasmons souvent. Marcel Aymé mêle à sa prose, le parler paysan local, la truculence du propos quand le sexe n’est pas loin mais la tendresse aussi sous la rudesse apparente, sans négliger la satire politique. Mais le maître mot de ce roman est peut-être tout simplement l’Amour… ?

 

 « Voyez ce que c’est, dit-il, on est là qu’on cause et en fin finale, on se trouve qu’on est de n’avoir seulement rien dit. Bien sûr que ces histoires de la Vouivre, c’est vexant pour nous et la commune, mais il y a autre chose de plus grave. Oublions pas, cette fille-là, elle porte des milliards sur sa tête et ce qui arrivera, c’est qu’un beau jour, l’un ou l’autre essaiera de mettre la main sur son rubis. Si je vous disais que tout à l’heure, je n’ai pensé qu’à ça. La Vouivre, ses cuisses et tout le tremblement, je serais bien empêché de vous dire comment c’est foutu, mais le rubis, alors oui. Mais quoi, rien à faire, il a bien fallu que je m’en retourne les mains vides. Tellement que je l’avais sec, j’en crachais blanc comme du coton. C’est presque forcé qu’un de ces jours, il y en ait qui se fassent nettoyer la carcasse par les serpents de la Vouivre. Et quoi faire pour les empêcher ? »

 

 

marcel ayméMarcel Aymé  La Vouivre  Gallimard La Pléiade Œuvres romanesques complètes Tome 3 -  173 pages –

 

07:32 Publié dans Français | Tags : marcel aymé | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | |

Commentaires

Un auteur à redécouvrir, c'est sûr!

Écrit par : keisha | 23/08/2016

Un excellent écrivain que je conseille vivement à tout le monde ! J’ai profité de la fin des vacances pour relire ce texte que j’avais découvert il y a ….. une éternité, et dont je ne me souvenais plus très bien ! Un bain de jouvence !

Écrit par : Le Bouquineur | 23/08/2016

Les commentaires sont fermés.