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19/04/2017

Philip Roth : J’ai épousé un communiste

philip rothPhilip Roth est né le 19 mars 1933 à Newark, dans le New Jersey, son œuvre couronnée de multiple prix en fait l’un des plus grands écrivains américains contemporains. Aujourd’hui il vit dans le Connecticut et en octobre 2012 il a déclaré à la presse qu’il arrêtait d’écrire. Paru en 2001, J’ai épousé un communiste, fait partie du cycle Nathan Zuckerman, et plus précisément de la Trilogie américaine, entre Pastorale américaine (1999) et La Tache (2002).

J’ai déjà lu une quinzaine de romans de l’auteur - et j’ai bien l’intention de tous les lire -, vous pouvez en conclure que c’est l’un de mes écrivains favoris, or, à ma plus grande stupéfaction j’ai eu de grosses difficultés avec ce livre. Deux fois je l’ai ouvert, deux fois je l’ai abandonné, le rapportant à ma bibliothèque. Cette fois-ci, je me suis obstiné mais ce fut douloureux…

Nathan Zuckerman, le narrateur, retrouve l’un de ses anciens professeurs, Murray Ringold, aujourd’hui un vieil homme prêt à bien des révélations sur le passé de son frère Ira, décédé, « Je suis la seule personne encore en vie qui sache l’histoire d’Ira, et toi tu es la seule personne encore en vie qui t’y intéresses »). Ira, le mentor de Nathan quand il était adolescent, vedette de radio et époux d’Eva Frame une ancienne gloire du cinéma muet.

Nathan qui croyait bien connaitre Ira va en apprendre de belles sur la vraie personnalité de cet homme au parcours chaotique débuté sur les chantiers, puis vedette de la radio et époux d’une star de cinéma. Ira, un homme broyé entre sa vie privée, ses problèmes de couple entre sa femme et sa belle-fille, elles-mêmes se trimballant leurs ennuis, et son lourd secret, être communiste dans l’Amérique des années 50 à l’époque du Maccarthysme où pendant deux ans (1953-1954), la commission présidée par McCarthy traqua d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes aux Etats-Unis dans une ambiance de chasse aux sorcières.

De nombreux thèmes sont abordés dans ce roman, le poids de l’Histoire écrasant les individus, la difficile situation des minorités (Juifs et/ou communistes), la trahison des proches (« C’est que la trahison se trouvait déstigmatisée et même récompensée comme jamais dans ce pays »). Ou, comme le dit Roth dans Le Monde (23 avril 1999) : « … un livre peuplé, tout comme la vie, d’imbéciles, de naïfs et de braves gens, arrêtés net dans leur réussite, victimes des pièges tendus par leur pays et leur époque, et par l’irréductible goût de l’espèce humaine pour la trahison et la vengeance. »

Le roman est dense, trop à mon goût au début (cent premières pages ?) ce qui explique mon renoncement par deux fois. Par la suite cela s’arrange, j’ai mieux suivi la narration, même si là aussi, on peut peiner quand on ne connait pas (ou ne se souvient plus) très bien de tous les acteurs et faits politiques de l’époque. Je critique beaucoup mais il y a bien entendu de nombreuses pages éblouissantes, tant par l’angle scénaristique que par la profondeur des analyses. Quand même !

Philip Roth n’a jamais écrit de mauvais romans mais celui-ci, en raison du début complexe, ne m’a pas vraiment emballé. En tout cas, je ne le conseille pas à qui n’a jamais encore ouvert un roman de l’écrivain.

 

« L’un des privilèges du Juif américain, c’est qu’il pouvait se permettre de donner libre cours à sa colère en public comme Ira le faisait ; d’être agressif dans ses convictions, de ne laisser aucune insulte invengée. On n’était pas obligé de hausser les épaules et de se résigner. On n’était pas obligé de museler ses réactions. Être américain à sa manière propre ne posait plus de problème. Il était permis de se montrer au grand jour pour faire valoir ses arguments. C’est une des plus grandes choses que l’Amérique ait donnée aux Juifs, ça, leur colère. (…) L’Amérique, c’était le paradis des Juifs en colère. Le Juif timoré existait encore, mais on n’était pas obligé d’adopter ce rôle-là si on n’en voulait pas. »

 

philip rothPhilip Roth  J’ai épousé un communiste  Gallimard – 405 pages –

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun

07:28 Publié dans Etrangers | Tags : philip roth | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | |

Commentaires

J'en ai lu plein, depuis longtemps, et il me semble avoir démarré celui -ci (et abandonné)

Écrit par : keisha | 19/04/2017

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Qu’est-ce que cela nous enseigne ? Que s’il ne faut pas juger d’un livre sur sa couverture, on ne doit pas juger un écrivain sur un seul de ses livres ! Car si j’avais débuté avec ce roman il est fort probable que je m’en sois tenu là et j’aurais raté un très grand écrivain.

Écrit par : Le Bouquineur | 19/04/2017

Un de mes préférés ! Comme quoi...
;-)

Écrit par : Sibylline | 19/04/2017

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Oui j’avais vu cela…. Que tu aimes ce roman, pourquoi pas – je n’ai pas dit qu’il était mauvais mais que moi je ne l’avais pas aimé – par contre j’ai plus de mal à comprendre que ce soit l’un de tes préférés de Roth ! Là j’en reste sans voix. Mais ça fait partie du charme des discussions entre lecteurs…

Écrit par : Le Bouquineur | 19/04/2017

Ben oui, moi ce qui m'étonne, c'est qu'on ne soit pas sensible à l'idéalisme du truc-même maladroit et dévoyé chez ce personnage- et la peinture d'une résistance à l'oppression. Ira, la colère, l'histoire d'un résistant au Maccarthysme, d'un insoumis épidermique. Mais je l'ai lu il y a trop longtemps hélas, pour pouvoir le défendre de façon soutenue. Mais pour ce que tu dis un peu plus haut, ce fut le 1er Roth pour Tistou, comme il le dit sur notre page, et il en a lu beaucoup d'autres ensuite
@micalement

Écrit par : Sibylline | 21/04/2017

Répondre à ce commentaire

Je comprends ce que tu veux dire mais mon problème avec ce livre, c’est que j’ai eu un mal fou à le lire – tout ce long début presque incompréhensible (ok je pousse un peu mais quand même…). Or pour moi, le plaisir de la lecture passe en premier, plaisir issu de l’histoire ou du style, mais plaisir, ce que je n’ai pas trouvé dans ce bouquin. A partir de ce constat basique, le reste m’est passé au-dessus de la tête… et chacun a bien compris depuis longtemps que je n’avais qu’une petite tête.
Quant à Tistou, il corrobore mon commentaire à Keisha, « on ne doit pas juger un écrivain sur un seul de ses livres ».
Amicalement

Écrit par : Le Bouquineur | 21/04/2017

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