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25/07/2018

A.G. Lombardo : Graffiti Palace

A.G. Lombardo, Homère,  G. Lombardo, la cinquantaine et natif de Los Angeles, est enseignant dans un lycée public. Graffiti Palace, son premier roman, vient de paraître.

11 août 1965, les émeutes de Watts  - un quartier de Los Angeles - débutent et dureront six jours, suite à une altercation entre trois membres d'une famille et les forces policières dans ce quartier majoritairement noir. Elles feront 34 morts, plus de 1000 blessés et près de 4 000 arrestations, sans compter les millions de dollars de dégâts. Alors que la tourmente débute à peine, Americo Monk pris dans cette folie, tente de rentrer chez lui pour retrouver Karmann, sa chérie.

La base du roman est évidente, il s’agit d’une version moderne de l’Odyssée d’Homère. Je conseille d’ailleurs vivement à ceux qui ne l’auraient pas lue (Est-ce possible ?) de se rendre sur la page Wikipédia consacrée à cette œuvre pour y prendre connaissance de la trame et des personnages, car en lisant Graffiti Palace, les références plus ou moins explicites semées par l’écrivain, n’en prendront que plus de sel.

Nous avons donc l’épouse, chez eux, dans des containers squattés sur le port de L.A., ayant organisé une fête et attendant avec impatience son époux d’autant que les invités mâles ont tendance à la serrer de près. De son côté, Monk, sillonne la ville un précieux calepin à la main, « J’étudie les graffitis et les gangs, je suis une espèce d’urbanologue amateur », dans lequel il note et dessine tous ces graffitis et tags signalant le territoire d’un gang. Au fil du temps, il a dressé une histoire de la ville et de son évolution faite de forces mouvantes en présence.  Ce carnet est convoité aussi bien par les gangs que la police, chacun s’intéressant à ses adversaires ; pour Monk, circuler en ville relève d’un tour de force et d’astuces, en temps normal. Mais aujourd’hui n’est pas un temps normal, l’état de guerre est déclaré !

Lombardo va faire errer Monk au gré des barrages policiers, des émeutiers et des explosions de cocktails Molotov. Telle une bille de flipper, il va rebondir de droite à gauche, passant des mains des membres de la Nation Of Islam, à des gangs divers, à moins qu’il ne se retrouve chez une sorcière vaudou, ou ne tombe entre les mains d’un géant borgne ou encore dans un bordel métaphysique (sic !)  « On va te vider comme jamais – te vider la tête ». On l’obligera à manger ou boire, à prendre des drogues parfois à son insu, bref il croisera des Circée, des Lotophages voire un Polyphème, mais tel Ulysse après un long voyage, il rentrera au port…  

Le roman va bon train, l’écriture se fait courte et sèche quand la meute est aux basques de Monk, plus classique dans d’autres circonstances. On passe de la fuite, boostée par le refrain  « Burn, baby, burn » et les tubes des années 60, au calme d’un abri précaire et temporaire. On apprend beaucoup sur la ville de l’époque, sur l’art du graffiti et du tag ou sur mille autres faits qui demandaient à être vérifiés et je l’ai fait pour certains : oui, Melle Toguri (Tokyo Rose) a existé, par contre l’histoire de l’origine du Fortune Cookie est moins certaine… Réalités, légendes urbaines, exagération et déformation de la vérité comme toujours quand les masses s’énervent, l’écrivain marie le tout pour nous embrouiller.

De très belles pages viennent aussi enrichir le texte, celles avec le vieux gérant du cinéma évoquant le Los Angeles d’autrefois ou bien celles avec le musicien ayant connu le père de Monk et lui racontant leurs souvenirs de jazzmen.

Un bien bon roman.

 

« En silence, il boit et lit les notes de Monk, acquiesce à chaque nouvelle page, chaque nouveau dessin. « J’adore, t’as noté les endroits exacts, les couleurs, les recouvrements, t’as décrit les surfaces… t’es un critique d’art, bordel. – Peut-être, mais d’un art qui n’est pas reconnu. C’est de la communication. C’est du langage et du code, des cœurs et des esprits. Je crois que c’est la ville qui parle. J’ai une théorie : l’Amérique, c’est un ensemble de villes, d’accord ? Et toutes ces villes, elles ont été dessinées et construites par des blancs riches. » Jax se marre. (…) – Ouais. Donc, les promoteurs, ils ont conçu des lieux de vie où ils ne vivent pas eux-mêmes. (…) Du coup, maintenant, on doit survivre dans un environnement artificiel qui a été construit sans nous demander notre avis. »

 

 

A.G. Lombardo, Homère,  A.G. Lombardo   Graffiti Palace   Seuil - 375 pages –

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé

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