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16/11/2020

Patti Smith : L’Année du singe

Patti Smith, Fernando Pessoa, Roberto Bolano, Allen Ginsberg, Walt Whitman, Peter OrlovskyPatricia Lee Smith dite Patti Smith, née en 1946 à Chicago, est une chanteuse et musicienne de rock, poète, peintre et photographe américaine. L’Année du singe, son nouveau livre, vient de paraître.

2016, l’astrologie chinoise place cette année sous le signe du Singe et Patti Smith va avoir 70 ans. Sans parler réellement de bilan, ce récit très touchant permet à l’auteure de revenir sur des pans de sa vie, souvenirs heureux ou tristes, rencontres, lieux visités, en mêlant le vécu avéré, le rêve et la réalité alternative.

Ce sont bien entendu les pages concernant les hommes qui furent ses amants/amis qui sont les plus émouvantes car beaucoup nous ont quittés. Le grand absent, son époux Fred "Sonic" Smith,  guitariste du MC5, décédé en 1994, puis son aventure tragique avec Allen Lanier, mort en 2013,  guitariste du Blue Öyster Cult. Mais lorsque débute le livre, c’est le sort de Sandy Pearlman (producteur de musique américain, manager, poète et auteur), grand ami de Patti Smith, qui inquiète. Tombé dans le coma, il décédera en juillet de cette année du Singe funeste. Autre figure célèbre de ce cortège morbide, Sam Shepard, dramaturge dont elle s'était amourachée avant de réaliser qu'il était marié et père ; restés excellents amis, alors qu’il est atteint de la maladie de Charcot dans son fauteuil roulant, elle l’aide à terminer in extrémis son dernier ouvrage puisqu’il disparaîtra à son tour en juillet 2017. Ne pensez pas qu’il s’agisse d’un long faire-part de décès, ce n’est pas dans la mentalité de Patti Smith de chialer sur son sort. Bien sûr elle regrette le bon temps passé avec ces hommes, mais elle sait surtout se souvenir d’eux avec joie. 

Le récit, longue rêverie, nous entraîne de la Californie et autres Etats américains au Portugal, pays européen patrie de Fernando Pessoa où mourut Roberto Bolano, deux écrivains qu’elle apprécie, d’ailleurs les références littéraires (Auteurs et titres de romans) abondent tout du long du texte. Si Patti Smith s’est fait connaître par le rock, la littérature est désormais un terrain où elle excelle.

Sans s’attarder, mais avec une délicatesse acide, elle ne peut passer sous silence, les conventions Démocrates et Républicaine en vue de l’élection présidentielle qui se prépare et ce résultat ahurissant « Vingt-quatre pour cent de la population avaient élu le pire d’entre nous pour représenter les soixante-seize pour cent restants » qualifiant « d’escroc » celui dont elle ne mentionnera jamais le nom.

Les familiers de l’écrivaine retrouveront ses manies communes à plusieurs de ses livres, son goût pour le café, le détail de ce qu’elle mange ou cette étonnante propension à se fringuer chez les fripiers ! L’image de l’artiste à la vie de bohème. Ca pourrait ressembler à de la frime, mais chez Patti Smith on sent qu’elle est à cent lieues de ce genre d’idée, juste elle, au naturel. 

Tout le récit magnifiquement écrit, baigne dans une ambiance mêlant le rêve et la réalité ; de la poésie onirique, une mélancolie sans larmes, une sagesse bohème et malgré les drames, une acceptation zen qui lui permet de persister « à penser que quelque chose de merveilleux est sur le point de se produire. » J’ai adoré ce livre, peut-être parce que tous les acteurs me sont bien connus et que je les suis depuis toujours ? J’ai dévoré ce texte pas très long en deux temps de lecture (appelé par d’autres obligations) et j’aurais aimé qu’il ne se termine jamais mais « le problème avec les rêves c’est qu’on finit par se réveiller. »

 

« Je m’installe au bureau et sors mon vieil appareil photo Polaroid Land de mon sac pour en inspecter les soufflets. Le recueil d’Allen [Ginsberg] est ouvert à la page du poème « Un supermarché en Californie ». Je me le représente assis en tailleur par terre, à côté de son tourne-disque, chantant en chœur avec Ma Rainey. Commentant Milton, Blake et les paroles d’Eleanor Rigby. Humectant le front de mon jeune fils qui souffrait de la migraine. Allen psalmodiant, dansant, mugissant. Allen dans son sommeil de mort avec un portrait de Walt Whitman suspendu au-dessus de lui, et le compagnon de sa vie, Peter Orlovsky, agenouillé à son côté, le recouvrant de pétales blancs. »

 

 

Patti Smith, Fernando Pessoa, Roberto Bolano, Allen Ginsberg, Walt Whitman, Peter OrlovskyPatti Smith   L’Année du singe   Gallimard – 175 pages –

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard

Avec de nombreuses photos Polaroid en Noir et Blanc réalisées par Patti Smith

Commentaires

Cela fait longtemps que je souhaite la découvrir comme écrivain. Je commencerai sans doute avec Just kids. Mais celui-là a l'air très bien aussi, et la seule évocation de Roberto Bolano suffit à me convaincre !

Écrit par : Ingannmic | 16/11/2020

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Les deux bouquins sont parfaits. Le premier est plus factuel et complet pour découvrir la femme et son parcours, celui-ci est plus poétique. C’est le cinquième livre de Patti Smith que je chronique, tu peux donc aller voir mes billets pour parfaire ton choix…. qui me semble excellent !

Écrit par : Le Bouquineur | 16/11/2020

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