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08/03/2013

Où l’on s’interroge sur la traduction des romans

Le plus souvent on n’y fait pas très attention, on lit un bouquin, on l’aime ou on le déteste, louanges et critiques vont toutes à l’auteur. Pourtant, quand on lit un roman rédigé par un écrivain étranger, son ouvrage a fait l’objet d’une traduction dans notre langue. C’est justement ce passage de la langue d’écriture à celle du lecteur qui m’a toujours intrigué.

Et quand j’écris « intrigué » je suis loin de la vérité car en fait ça me laisse perplexe au plus haut point. Comment un texte écrit dans une langue peut-il être restitué à l’identique dans une autre ? Quelque part ça reste un mystère incompréhensible pour moi. Qu’un livre de recettes de cuisine soit retranscrit sans problème dans un autre idiome, je le comprends aisément. Mais un roman ? Les mots ne sont pas tout, il y a leur place dans la phrase, leur sens premier ou sous-entendu, la sonorité dégagée par leur proximité, les tournures de phrases. Bref, tout ce qui fait la richesse d’une langue écrite et quand cette matière est parfaitement maîtrisée par l’écrivain, ce qu’on nomme le talent. A partir de là, comment peut-on rendre cet ensemble aussi travaillé et aussi riche d’une langue à une autre, les règles de grammaire et syntaxe n’étant pas obligatoirement les mêmes ? 

« Comment avoir confiance, comment s’assurer qu’aucun mot n’est trahi, aucune répétition évitée par un faux souci d’élégance, aucune phrase raccourcie ni coupée ? Qui peut garantir une entière fidélité au texte ? A qui se fier, en fin de compte, alors que dans le passé traduction a pu signifier trahison ? » s’inquiète Christine Jordis*, éditrice de Philip Roth, à propos des craintes de l’écrivain. 

Quand on réfléchit à cela, on s’interroge obligatoirement sur le rôle du traducteur dans toute cette affaire. Car au final, le lecteur ne connaît d’un livre que la version traduite, c’est-à-dire celle donnée par le traducteur. En théorie, le texte en français peut donc être moins bon que l’original ou bien meilleur ! L’idéal devant être la copie conforme pour ne pas altérer, dans quelque sens que ce soit, le travail de l’écrivain. Dans ces conditions on peut en déduire que le rôle du traducteur est absolument fondamental.

A ce propos, voici ce que déclare Lazare Bitoun*, traducteur de deux ouvrages de Philip Roth, « Lorsqu’on traduit, la question n’est pas le sens des mots. Il faut comprendre d’emblée la phrase, le sens précis n’est qu’une deuxième étape. Il faut immédiatement saisir le rythme de la phrase, ce que dit sa petite musique, et ensuite, il faut essayer de le rendre en français. Et si on n’y arrive pas sur une phrase, on le fera sur la suivante. Même chose pour les jeux de mots ; si on échoue dans un paragraphe, on pourra sûrement en faire un dans le paragraphe suivant. Il faut au bout du compte, arriver à un ensemble qui ait la même saveur que l’original, la même sonorité. Il faut trouver les équivalences ; la littéralité, c’est l’ennemi. Tout est dans le rythme. Dans un texte littéraire, tout est dans la brièveté, dans la finesse, la légèreté, les nuances. »

Etrangement, il n’y a que très peu d’articles dans la presse spécialisée (du moins celle que je lis) sur ce métier hautement estimable qu’est la traduction. D’ailleurs les traducteurs eux-mêmes, sont carrément ignorés quand on parle d’un bouquin à la télévision ou à la radio. On n’en parle réellement qu’à l’occasion d’une nouvelle traduction d’un ouvrage très connu.

 

   

* Hors-série du Monde (février-Mars 2013) consacré à l’écrivain américain Philip Roth.