02/11/2026
Alain Genestar : La Femme au manteau de loutre
Alain Genestar, né en 1950 à Caen, est un journaliste français. Il a été notamment directeur de la rédaction du Journal du Dimanche et de Paris-Match, avant de fonder avec sa famille Polka Magazine, consacré à la photographie. La Femme au manteau de loutre, son nouveau roman, vient de paraître.
New York en 2007. Sarah Dean, 27 ans, chanteuse de jazz, se produit chaque soir avec sa sœur Dinah au St. Nick's, un club de jazz historique dans le quartier de Sugar Hill à Harlem. Les Sisters Dean, comme elles se font appeler, sont douées d'une voix superbe de mezzo-soprano, et peuvent espérer une carrière prometteuse. Tout va bientôt s’effondrer le jour où Sarah passe sous une rame de métro. Accident, suicide ou crime ? Joaquin Macarell, jeune journaliste stagiaire au New York Times lève un lièvre…
Quand j’ai entamé ce roman, j’étais certain de le placer dans mes « coups de cœur » tant il présentait d’arguments favorables à mes yeux, New York, le jazz/blues etc. Finalement, ce ne sera qu’un assez bon roman.
Attardons-nous un instant sur l’intrigue et l’enquête journalistique : le décès de Sarah va devenir franchement suspect quand on découvre que trois ans plus tôt, une autre jeune femme ayant le même profil et elle aussi chanteuse de jazz, a eu la même fin dans le métro et tenez-vous bien, le conducteur de la rame était le même homme, Jeff Ken, un pianiste de jazz génial ! Le mystère s’enrichira d’une éventuelle (?) touche de surnaturel quand il jouera sur la fibre du Club des 27 (groupe de musiciens, chanteurs célèbres issus du rock, du blues ou de la pop, qui ont tous en commun d'être décédés à l'âge de 27 ans, souvent dans des circonstances tragiques ou mystérieuses : Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison etc.) et le fameux pacte passé entre Robert Johnson (1911-1938), guitariste de blues, et le Diable…
Le roman s’appuie sur plusieurs points forts car très pointus et parfaitement documentés par l’écrivain : la ville de New York et ses aspects qui me font rêver, le jazz et le blues, la musique de mon cœur, et le milieu journalistique comme de nombreux films américains nous en ont donné une idée, avec les réunions de rédaction du New York Times. De ces trois points, vous saurez tout, si vous étiez béotiens en la matière et en apprendrez encore un peu pour les plus renseignés. Saupoudrez avec quelques réflexions qui valent le détour comme « les fêtes de Noël, ce grand bain de bonheur artificiel qui, chez les gens pas très en forme moralement, rallume les lumières d’une nostalgie amollissante. »
Lieux réels, nombreux personnages ayant existé, anecdotes vraies, tissent un bel enrobage à ce roman bourré de belles choses. Joaquin le journaliste va faire équipe avec un ancien photographe de guerre lassé par trop d'images violentes, Charlie Ormos. Ce qui nous vaut là aussi de beaux passages, émouvants quand Charlie nous fait ressentir les horreurs des guerres vécues sur le terrain, très instructif quand il est question de photographie (technique, feeling du shooting…) Un roman très marqué par la mort et le deuil.
Si tout est tellement bien pourquoi suis-je un peu déçu néanmoins ? Parce que j’ai trouvé l’écriture maladroite (un autre terme serait peut-être plus adéquat ?), les C.V. des personnages entrant en scène sont trop longs, trop détaillés, idem pour ce qui touche à la musique et au photojournalisme. C’est loin d’être inintéressant, au contraire, en fait ce bouquin semble plus écrit par un journaliste pointilleux sur les faits que par un romancier plus libre d’écrire une histoire à sa guise.
« Sarah, rêveuse, écoutait, nue, accoudée au piano rouge, les paroles de « Cross Road Blues » crachées d’une voix puissante par Jeff Ken. Sarah, chanteuse talentueuse et pleine d’avenir. Sarah, sœur aînée de Dinah. Sarah, fille de Marcus et Rosa Lean. Sarah, 26 ans, si belle et fragile. Sarah, perdue, les yeux fermés, comme morte, écoutait les paroles : « Lord, I’m sinkin’ down ».
Alain Genestar La Femme au manteau de loutre Grasset - 280 pages -
« Dans sa célèbre chanson, « New York State Of Mind”, Barbara Streisand a chanté les deux amours de Joaquin, le Daily News et le New York Times. »
06:00 Publié dans Français, ROMANS | Tags : alain genestar | Lien permanent | Commentaires (4) |
Facebook |

