31/08/2026
José Saramago : Les Intermittences de la mort
José de Sousa Saramago (1922-2010) est un écrivain et journaliste portugais. Son œuvre est traduite dans le monde entier et il a reçu le prix Nobel de littérature en 1998. Les Intermittences de la mort a été traduit chez nous en 2008.
Dans un petit royaume jamais nommé, le premier jour de l’année, la mort cesse de frapper et plus personne ne meurt ! Ça c’est une amorce qui frappe les esprits. Un évènement inespéré qui en dépit de ce qu’on pourrait supposer être une bonne nouvelle, va soulever son lot de problèmes majeurs.
Les hôpitaux se remplissent de « mourants » qui ne meurent pas, les entreprises d’assurances et les pompes funèbres sont en crise, la société est bouleversée par cette absence de mortalité et les religions ne sont pas les dernières à s’affoler « Les religions, toutes autant qu’elles sont et quel que soit l’angle sous lequel on les regarde, ont la mort pour unique justification de leur existence. »
Contre leur volonté, les pays limitrophes voient arriver clandestinement des « mourants » qui veulent en finir définitivement, si personne ne meurt plus, les non-actifs vont vite devenir plus nombreux que les actifs et comment payer toutes ces retraites ? (Excellente question toujours d’actualité, ah ! ah ! ah !).
Après plusieurs mois de bazar social, politique et économique, la mort reprend son activité, mais de manière intermittente, elle annonce désormais sa venue par une lettre violette envoyée une semaine avant la fin de chaque individu. Or, une de ces lettres ne parvient jamais à son destinataire malgré plusieurs renvois, ça agace la mort et elle décide de la remettre en main propre à son bénéficiaire, un violoncelliste célibataire très quelconque…
Le style de l’écrivain est très particulier, fait de longues phrases fluides et d'un ton faussement détaché, sans les repères traditionnels de la typographie (pas de tirets pour les dialogues, des noms propres sans majuscule…), mais aussi quelques longueurs/répétitions dont on se serait volontiers passé.
Un bon roman où l’écrivain aborde le thème de la vie éternelle avec toutes ses implications quand la mort ne remplit plus son rôle. On pourrait penser qu’un bouquin sur la mort soit du genre tristounet, il n’en est rien, au contraire, Saramago manie l’humour caustique avec brio. Nous avons donc un livre amusant et brillant à la fois, philosophique et poétique, avec in fine une belle note d’humanité puisque l’amour sera le plus fort…
« Les foyers pour le troisième et quatrième âge, ces institutions de bienfaisance créées pour la tranquillité des familles qui n’ont ni le temps ni la patience de nettoyer la morve, de s’occuper des sphincters fatigués et de se lever la nuit pour glisser un bassin sous le malade alité, n’ont pas tardé, à leur tour, comme l’ont déjà fait les hôpitaux et les établissements de pompes funèbres, à se frapper la tête contre le mur des lamentations. Pour rendre justice à qui de droit, il nous faut reconnaitre que l’incertitude qui les divisait sur la question de savoir s’ils devaient continuer ou non à recevoir des hôtes était une des plus angoissantes pour les efforts d’équité et le talent de planification de n’importe quel gestionnaire de ressources humaines. »
José Saramago Les Intermittences de la mort Points – 263 pages -
Traduit du portugais par Geneviève Leibrich
06:00 Publié dans Etrangers, ROMANS | Tags : josé saramago | Lien permanent | Commentaires (6) |
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