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26/10/2026

Marc Charbit : Quadratures

Marc Charbit, Je ne sais pas grand-chose de l’auteur en dépit de mes recherches. Il se présente comme un ingénieur dans la quarantaine, ce que nous prendrons comme acquis, et peut-être a-t-il été assistant réalisateur et scénariste de cinéma (?) et obtenu un master de philosophie à Nanterre, ce qui est assez crédible à la lecture de sa bibliographie et de ce premier roman qui vient de paraitre, Quadratures.

Claude Wilson, la quarantaine, quitte La Réunion où il vivait depuis cinq ans pour retourner en France et s’installer à Tarnos dans les Landes. Sa femme Rachel l’a largué, ce qui l’amène à ce triste constat, il ne comprend rien aux femmes et ce ne sont pas ses amis Céline et Laurent le psy, tentant de le recaser qui améliorent sa morosité. A la faveur de son installation dans le sud de la France, Claude entend renouer des liens distendus avec ses contemporains, par l’écriture peut-être ?

J’aime bien (de temps en temps, pas plus !) lire le premier ouvrage en autoédition d’un écrivain en devenir. Est-ce un évident malheureux sans avenir dans cette branche ou bien voit-on poindre des indices prometteurs ? L’écart, plus ou moins abyssal entre ces ébauches et les romans des auteurs renommés, offre un grand intérêt pour un lecteur curieux des mécaniques d’écriture. Avec Quadratures, Marc Charbit entre dans la seconde catégorie, celle des écrivains qui ont du potentiel.

Le roman est assez déroutant au début, paraissant s’éparpiller en digressions ou paragraphes hors-sujet, jusqu’à ce que Claude Wilson révèle que son projet d’écriture passe par un blog généraliste et l’on comprend (du moins est-ce ainsi que je l’interprète) que nous lisons en partie le contenu de ce blog avec le liant nécessaire pour en faire un roman. D’où ces billets abordant mille sujets divers mais vus sous cet angle, passionnants, du futile au plus sérieux : le bruit exaspérant des tondeuses des voisins car c’est un type qui râle facilement pour beaucoup de choses, son goût pour le rock métal, que nous placerons dans la première catégorie, avant de nous régaler sur ses paragraphes ou chapitres consacrés, aux plaisirs de la lecture et de l’écriture, à la politique, aux technologies modernes et aux Réseaux sociaux dont il n’est pas fan (« Aussi, je me faisais peu à peu à l’idée de devenir ce vieux avant l’heure, rétif aux prouesses du numérique ») mais paradoxalement comme lui fera remarquer son ami Laurent, il accepte de se faire poser un implant cervical permettant par exemple « de contrôler l’éditeur de texte de mon ordinateur par la pensée » ! Et le roman de basculer d’aujourd’hui vers les années prochaines, où une Intelligence Artificielle manque de déclencher un conflit entre les Etats-Unis de Trump et la Chine, où un vieil article prémonitoire de son blog le met à la une des actualités… Bref, un roman copieux en développements et rebondissements mais qui semble avoir résolu la quadrature du cercle à savoir marier les billets incongrus avec la logique de la narration romanesque.

Pour reprendre les termes de l’auteur « Situé quelque part entre le roman psychologique et le roman d’idées, Quadratures explore la crise de la quarantaine, et utilise quelques éléments d’anticipation pour interroger notre rapport au numérique et aux autres. »

C’est très bien écrit, l’écriture est ample et pas avare de détails (trop dirons certains ?), Claude louvoie entre dépit et humour ce qui nous donne quelques passages très amusants (les dialogues avec sa mère, comme dans les romans juifs !).

Un bon roman, j’attends avec intérêt le prochain opus.

 

« L’histoire saura à coup sûr pourvoir les dépités des futures générations de truculents paradoxes. Quand sera achevée la révolution en cours - et on veillera ici à ne pas utiliser le mot révolution à la légère - quand nous aurons complètement délégué toute prise de décision, toute structure de pouvoir à des algorithmes in-interrogeables, quand plus personne ne saura expliquer la rationalité de ces choix, mais que, tous, nous nous y conformerons, quand l’homme se sera donc soumis complètement à cette entité d’un nouveau genre, érigeant là un Dieu substitut de celui dont on aura mis tant de siècles à se défaire, alors il y aura matière à rire. Nous rirons, oui, à gorge déployée même, en constatant que ceux qui auront œuvré à la mise en place de ce carcan, les techno-libertariens, sont justement ceux qui se réclamaient avec tant de véhémence de ce droit naturel, inaliénable, que nous avons tous à la liberté et au libre arbitre. »

 

Marc Charbit, Marc Charbit    Quadratures   Books on Demand (BoD)  - 269 pages -