27/07/2026
Jean-Baptiste Barreau : La Diagonale du clou
Jean-Baptiste Barreau est Docteur-Ingénieur CNRS en développement, production, traitement et analyse de données, spécialisé en modélisation 3D, archéologie et patrimoine culturel, avec une expérience couvrant la gestion de bases de données, la numérisation/reconstruction 3D de sites archéologiques et la réalité virtuelle. Son parcours inclut des projets de recherche, publications scientifiques, l'enseignement universitaire et la maîtrise d'outils informatiques variés. A force de fréquenter des mondes disparus, il a fini par prendre goût à l'idée d'en inventer lui-même. La Diagonale du clou, son premier roman, vient de paraître et s’annonce comme le premier volet d’une série.
Frédéric Daoust, notre héros, la trentaine, handicapé par une amyotrophie spinale (Une maladie héréditaire génétique rare causée par la mutation d'un gène responsable de la survie des cellules impliquées dans le mouvement normal des muscles ainsi que le contrôle des membres, de l'abdomen, de la tête et du cou, du thorax et des muscles respiratoires) est Responsable informatique d’une mairie de province. Un job discret et peu prenant pour une vie assez quelconque. Confronté à une série d’incidents aussi improbables qu’extravagants il va s’embarquer, à l’insu de son plein gré, dans une aventure périlleuse qui va modifier le cours de sa vie…
Précisons immédiatement qu’il s’agit d’un roman amusant, même si parfois l’humour grinçant dénonce l’absurdité des administrations ou les situations difficiles, lot des handicapés en fauteuil roulant.
Le récit nous entraine de l’Allier à la Bretagne dans un scénario délirant dont voici quelques lignes : suspecté du décès d’une de ses auxiliaires de vie Fred s’évade d’un hôpital psychiatrique, trouve de l’aide auprès de Ciro qui tient un sex-shop, un hasard qui s’avèrera ne pas en être un, les deux fuient chez la mère de Fred à Landerneau, laquelle vit avec un homme atteint d’un AVC lui-même en fauteuil roulant, les deux éclopés échouent dans un IEM (Un Institut d'Education Motrice) pour vacanciers handicapés, décès d’un patient (crime) et tous les pensionnaires mènent l’enquête en douce.
L’épilogue est aussi abracadabrant que le reste, révélant un plan supérieur (Etat !) machiavélique mais qui va aussi décider de l’avenir de Fred qui se voit confier une mission par le gouvernement en Amérique du Sud. Donc à suivre.
Je l’ai dit c’est amusant voire caustique, c’est bien écrit, le rythme ne traine pas et heureusement le roman est court. Ce n’est pas un chef-d’œuvre non plus mais si vous avez l’occasion de le lire et de le faire savoir, j’estime que l’écrivain en herbe mérite des encouragements, ne serait-ce que pour l’inviter à laisser tomber rapidement Fred et s’attaquer à un vrai roman plus consistant, je suis certain qu’il en a le talent.
« Tout à coup, le chien de Gilbert se fige, ses oreilles dressées, yeux rivés sur l’église. Gilbert fronce les sourcils, sentant l’inquiétude de son compagnon. Le chien grogne doucement, chaque muscle tendu comme un arc. Le bois semble retenir son souffle. Markus fixe la façade rugueuse de l’église. Une forme rampe, sournoise, comme si la pierre elle-même offrait un chemin à ses pattes. Ses yeux s’écarquillent, son souffle se bloque. L’ombre se détache du mur avec un froissement sinistre, traçant des lignes irrégulières. Une tête canine surgit de la masse obscure, crocs à peine visibles, silhouette distordue que la lune cisèle en relief cauchemardesque. « Un… un Dogman ! » souffle Markus, voix étranglée, trahissant horreur et adrénaline. »
Jean-Baptiste Barreau La Diagonale du clou 1-Petites erreurs, grandes conséquences Editions Maïa - 90 pages -
P.S. « Avec ce premier tome — et l’envie un peu audacieuse d’aller plus loin — j’ai voulu suivre un homme en situation de handicap qu'on dit "lourd". Pas un symbole, pas un "sujet". Juste Frédéric. Un type qui vit, observe, s’agace, ironise, aime, et regarde le monde avec une attention que le décalage rend plus fine. Je n’ai pas cherché à faire un livre démonstratif. Ce qui m’intéressait, c’était un point de vue légèrement de travers, qui fait apparaître les coutures : les bonnes intentions maladroites, les automatismes confortables, les exclusions qui ne disent pas leur nom. J’ai essayé d’écrire en laissant les situations parler d’elles-mêmes.
Si vous aimez les histoires d'aventure qui s’attachent aux détails et aux contradictions ordinaires, peut-être que la compagnie de Frédéric vous surprendra là où vous ne l’attendiez pas. »
06:00 Publié dans Français, ROMANS | Tags : jean-baptiste barreau | Lien permanent | Commentaires (2) |
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