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22/06/2026

Marcel Aymé : Gustalin

Marcel Aymé, Marcel Aymé (1902-1967) est un écrivain, dramaturge, nouvelliste, scénariste et essayiste français. Ecrivain prolifique, il a laissé deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de cent soixante articles et des contes. Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). Gustalin est un roman paru en 1938.

Le roman se déroule dans un village du Jura, entre Dole et Besançon, dont plusieurs couples sont les principaux acteurs. Gustalin, passionné de mécanique, tient un atelier faisant figure de garage mais rêve de quitter ce bled pour devenir un véritable garagiste en ville car dans ce coin de campagne où ne passent aucune voiture c’est un échec. Son épouse, Flavie, travaille aux champs sans économiser sa peine et le méprise pour son manque d’ambition réaliste. De son côté, Hyacinthe, ami de Gustalin, a abandonné de brillantes études pour revenir à la ferme, ce qui lui vaut les reproches de sa femme Marthe qui elle, aspire à une vie bourgeoise en ville. Marthe espère que l’arrivée de l’oncle Victor, un vieil universitaire parisien qui a écrit une somme sur Pascal, et de sa femme, la tante Sarah, fera changer Hyacinthe d’avis…

Dans ce roman Marcel Aymé met en avant l’opposition entre la vie à la campagne et celle en ville, c’est-à-dire le contraste entre les valeurs rurales et urbaines. Et l’arrivée de la tante Sarah, très citadine, va exacerber cet écart et mettre au grand jour les frustrations enfouies jusqu’ici. Marthe qui endurait secrètement sa petite vie jugée médiocre à la campagne, rêvant de ville et de modernisme, va la jouer machiavélique pour fuir son couple et les champs en incitant Gustalin à réaliser son projet et partir avec lui.

L’écrivain ajoute à son intrigue une observation précise de la condition féminine à la campagne, des détails amusants/ironiques sur les mœurs rurales, des considérations religieuses (comme toujours chez l’auteur ?), sans oublier l’amitié, plus forte que tout.

Ce roman d’oppositions se concrétisera dans le scénario, humour des situations accentué par le parler local mais épilogue dramatique.  

Pas mal.

 

« Il la prit aux aisselles et la souleva de terre, son visage à hauteur du sien. Elle le regarda longtemps, puis sourit dans ses larmes. Comme il la remettait sur pied, elle fut un moment contre lui, toute secouée par un retour de sanglots. Il la pressa plus fort pour mieux l’apaiser, mais brusquement, il l’écarta en parlant de son cheval et prit la porte sans autre adieu. A sentir contre lui le mouvement de son corps, une chaleur lui était descendue au ventre. Elle durait encore lorsqu’il fut à sa voiture, et ce qui aurait pu n’être qu’une surprise bien naturelle se compliquait d’imagination, de retours en arrière. Hyacinthe se trouva ridicule. Une gamine de vingt ans à peine, lui qui avait quarante et plus. Il dit à son cheval : « Quand les femmes vous pleurent dans le mains, c’est rare si ça ne fait pas de l’effet. »

 

Marcel Aymé, Marcel Aymé   Gustalin   Gallimard La Pléiade Œuvres romanesques complètes Tome 2  - 161 pages -