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18/05/2026

Tristan Ledoux : L’Idole mise à nu

Tristan Ledoux, Tristan Ledoux vit et travaille à Bruxelles. Après des études de philosophie, il a donné cours à des publics très variés, d'abord dans un institut médico-pédagogique expérimental, puis au lycée et en Ecoles Supérieures des Arts. Il a publié un recueil de récits et deux recueils de nouvelles. L’Idole mise à nu, son deuxième roman, vient de paraître.

Erwan, le narrateur qui préfère se faire appeler Wan, est enseignant. Avec ses trois amis du temps où ils étaient étudiants, Mathilde, Sylvain et Solène, par un concours de circonstance, sont invités par leur professeur de faculté qu’ils n’avaient plus revu depuis leurs années d’études, à séjourner dans sa maison au Sud de l’Italie pour « renouer avec les choses de l’esprit ». Que cache cette invitation imprévue de Vladimir Santorin, ce professeur charismatique qui ne leur avait pourtant pas laissé un très bon souvenir ? La réunion va vite tourner en une nouvelle démonstration de son pouvoir fait de séduction, de cruauté et de manipulation psychologique.

Un bon scénario et un bon sujet mais un roman complexe à lire et disons-le, chargé de trop nombreux défauts, à mes yeux, pour être vraiment réussi.

Les cinquante premières pages sont d’un ennui mortel et il faut beaucoup d’opiniâtreté pour ne pas abandonner immédiatement le bouquin (« Toute l’assistance avait décampé, et seul je restais à mon poste, tétanisé… ») et l’épilogue est non seulement déconcertant et sibyllin mais complètement en déphasage avec le reste du roman, que ce soit par le style ou les situations.

Il reste le milieu du roman. Wan est un personnage particulièrement faible, handicapé (?) par son imaginaire débordant de classiques de la littérature mondiale dont des extraits viennent combler ses doutes et ses angoisses, ce qui pour le lecteur se traduit par un méli-mélo entre fiction et réalité. Quant à Santorin, sous une fragilité apparente, c’est un vieil homme avec deux béquilles et un caractère un peu « spécial », enseignant comme un moine bouddhiste livre un koan à ses disciples, il est décrit comme un orateur capable de « dérober le sol sous les pieds de son auditoire » ce qui avait profondément fasciné Wan à l’époque (« Il m’avait rendu à moitié fou »).

Le roman nous interroge sur la fascination pour les figures d’autorité charismatiques, les maître-penseurs. Santorin exerce une domination psychologique teintée de cruauté, particulièrement envers Wan, mais paradoxalement, le récit montre aussi comment le pouvoir peut se déguiser en transmission intellectuelle. Le séjour en Italie, dans un contexte plus que lourd et déstabilisant pour nos quatre amis fera exploser leur relation d’amitié qui va zigzaguer entre solidarité, rivalité et attirances, révélant leurs fragilités.

Un bouquin très intéressant sur le fond servi par un texte très cultivé, les références littéraires s’empilent (index en fin d’ouvrage), l’écriture ne manque pas d’allure mais souffre aussi d’être trop bavarde

 

« Décidément je n’ai aucune imagination. (…) L’imagination des autres, oui, je l’adopte volontiers, je m’en repais, je m’en gargarise, je baigne dans les méandres des coulées de mots que les dieux de l’imprimerie ont mis à ma disposition. Ils me dispensent de forger mes propres images. D’ailleurs, où pourrais-je bien les tirer ? Comment se fabriquent-elles ? Aurais-je ne serait-ce qu’une vague idée de la méthode à suivre pour réussir à construire, je ne dis pas un récit, avec début, milieu et fin, ni même une séquence, mais seulement une simple image ? Non. Alors, chaque fois que je m’avance sur ce terrain, c’est le même réflexe qui s’installe, je tombe sur les images des autres et je les enfile comme des vêtements de seconde main. (…) Mais y-a-t-il jamais eu un temps où les autres se taisaient, un temps d’avant les mots ? »

 

Tristan Ledoux, Tristan Ledoux   L’Idole mise à nu   Editions Le Chant des Voyelles  - 235 pages -