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22/06/2020

Marcel Aymé : La Rue sans nom

marcel ayméMarcel Aymé (1902-1967) est un écrivain, dramaturge, nouvelliste, scénariste et essayiste français. Écrivain prolifique, il a laissé deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de cent soixante articles et des contes. Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). Ce roman, La rue sans nom, date de 1930.

Comme son titre l’indique, le roman sa déroule dans une rue jamais nommée faite d’immeubles insalubres promis à la démolition pour y reconstruire du neuf, où vivent des ouvriers. A un bout de la rue des familles de maçons Italiens, à l’autre extrémité la maison de trois vieux libidineux, « un peu cochons de la fesse », sans oublier le café de Minche. La famille Méhoule - les parents et leur fils Mânu - vivait là tranquille, jusqu’à l’arrivée inopinée de Finocle, un vieil « ami » de Méhoule. Il demande/exige l’hospitalité pour lui et sa fille Noa. Pour les Méhoul comme pour toute la rue les ennuis vont débuter…

Je n’avais jamais entendu parler de ce roman avant de l’ouvrir mais je peux vous assurer que c’est un bon bouquin. Il est court mais il est plein de tout : mystère, passions, amour, émotions, social, drame…

Le mystère est immédiat car ce Finocle qui déboule sans crier gare, le lecteur comprend qu’il est lié à Méhoul par un lourd secret certainement répréhensible remontant à leur jeunesse mais ce n’est qu’à la fin qu’on le découvrira. Quant à sa fille Noa, elle électrise aussitôt l’ambiance, dix-huit ans, la chair ferme où il le faut, « une belle fille de soleil, un rêve de Sud », toute la population mâle en blêmit de désirs ; Manû, Cruseo l’Italien, tous tirent une langue d’envie. Les rivalités faites de fantasmes et de folie vont agiter le landernau masculin et les discussions passionnées et musclées vont égayer le café local, réveillant des pulsions plus nauséabondes comme le racisme ayant cours à cette époque envers les transalpins.  

Un roman noir où tout s’écroule, au propre comme au figuré. Les immeubles vont être démolis et contre la grogne des habitants expulsés la police fera son œuvre ; les destins de Méhoul et Finocle liés par une amitié/haine seront dramatiquement scellés par des trahisons et des mouchardages auprès de la police lors d’un épilogue d’une grande beauté dramatique mais datée dans son expression.

Marcel Aymé livre un roman pessimiste et sombre dans le milieu des travailleurs manuels, partagés entre joies furtives le dimanche au café et la semaine de dur labeur, on s’engueule, on se bat mais on sait aussi se montrer solidaires. Avec aussi une très émouvante séquence quand une épidémie viendra frapper aux portes, emportant un gamin…

Une lecture chaudement recommandée.

 

 « Jamais il n’évoquait en compagnie de Finocle quelque joyeux souvenir de leur vie d’autrefois. Méhoul ne regrettait pas seulement sa tranquillité compromise par l’hospitalité qui lui avait été imposée, mais encore cette autorité de chef de famille dont il ne disposait plus, depuis l’évènement, avec la même désinvolture. La Méhoule état très loin de s’en plaindre et lorsque son mari, dans l’intimité de leur chambre, parlait avec amertume de l’intrusion de Finocle, elle répondait non sans ironie : « Ils ne me gênent pas, moi, au contraire. Et puis, de quoi te plains-tu, c’est toi-même qui as voulu qu’ils s’installent chez nous. Je t’ai laissé faire comme tu as décidé. » »   

 

marcel ayméMarcel Aymé  La Rue sans nom  Gallimard La Pléiade Œuvres romanesques complètes Tome 1 -  154 pages –

 

 

 

 

PS : J’adore les hasards de lecture comme celui-ci : j’enchaine Le Chat de Georges Simenon avec La Rue sans nom de Marcel Aymé, deux livres sans rapport l’un avec l’autre, mais pourtant tous les deux se déroulent dans une rue vouée à la destruction avec des ouvriers ou des maçons en acteurs principaux. Un scénariste habile pourrait en tirer une troisième œuvre mêlant ces deux-là ?

07:00 Publié dans Français | Tags : marcel aymé | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

Commentaires

Marcel Aymé ! .... quel écrivain ! Pas lu ce roman-là. A découvrir donc. C'est bien de revenir aux classiques, aux écrivains qui ont du style et aussi des choses à dire et qui ne se regardent pas le nombril.
Bonne journée !

Écrit par : Bonheur du Jour | 26/06/2020

Répondre à ce commentaire

« …qui ne se regardent pas le nombril » Un grand merci pour cette remarque qui rejoint parfaitement ce que je ressens quand je parcours la liste des romans qui paraissent….. et ne me donnent pas envie de les ouvrir !

Écrit par : Le Bouquineur | 26/06/2020

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