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16/02/2013

Condie Raïs l’interview

J’ai déjà eu ici l’occasion de faire deux chroniques consacrées à Condie Raïs, l’une pour son recueil de nouvelles C2H4O2 et l’autre pour Unga Bunga ! Jeune écrivain dont on ne sait rien, j’ai pensé qu’il serait intéressant de lui demander une interview afin de mieux cerner sa personnalité et en creux, de mieux comprendre son travail et ses influences. Questions et réponses se sont faites par mails ces derniers jours, pour conserver le mystère autour de cette écrivaine sans visage mais non sans caractère.

 

 

- Bien que vous souhaitiez conserver l’anonymat, pouvez-vous vous présenter et nous donner quelques éléments de votre biographie ? J’ai cru comprendre que vous aimiez le cinéma… 

Eh bien je vis seule avec mes chats siamois psychopathes dans un vieil appartement parisien, entre ma bibliothèque et mes caisses de vin blanc… Euh, pardon… J’ai un métier aussi, dans le domaine de l’histoire et de la géopolitique. Mais peu importe ma vie ! Oui, j’aime le cinéma, l’Éloge de John Wayne est un texte sincère, quoiqu’ironique par moments. J’aime John Huston, Michael Cimino, Coppola bien sûr, et… Et… Il y en a trop. Bon, je me permets de profiter de votre invitation pour limiter ma réponse à un conseil aux jeunes blogueurs qui découvrent Le portrait de Dorian Gray, comme je l’ai fait à leur âge : regardez d’urgence la magnifique adaptation du roman réalisée par Albert Lewin en 1945 ! Vous me remercierez à genoux et vous pleurerez de bonheur devant tant de beauté, d’intelligence et de maestria… 

- Quelle est l’origine de votre pseudonyme ? 

C’est un secret. Si je vous le disais, je serais obligée de vous tuer, après… Non, sans rire, il suffit de chercher du côté des secrétaires d’État américains – mais je parie 5 $ que vous l’aviez deviné ? Condie, c’est l’abréviation affectueuse de Condoleezza, qui vient de l’italien « con dolcezza », une expression qui décrit un passage tout en douceur dans les morceaux de musique. Et Raïs, c’est juste pour l’homophonie et le jeu de mots. « Tout en douceur », ça m’a bien amusée lorsque je travaillais sur une déclaration de politique extérieure, du coup, le pseudo s’est imposé à moi de lui-même…

- Pouvez-vous nous citer quelques écrivains que vous appréciez particulièrement ? Et quelques bouquins que vous avez beaucoup aimés ?

Brautigan, Melville, Hemingway, Fante, Bukovsky, Ellis (Brett Easton) et plein d’autres côté américain. Proust, Céline, Flaubert, Djian, Houllebecq et tant d’autres (mais pas tant que ça) de ce côté de l’Atlantique. Je fais du name dropping, là, je vous dis ce qui me passe par la tête. J’oublie sans doute des tas de livres qui m’ont plu.

Parmi mes bouquins préférés ? Il y en a tant… Allons-y quelques uns de ceux qui n’ont pas été écrits par ceux que j’ai cités plus haut : Le portrait de Dorian Gray, Dracula, Les Mémoires de Churchill, ceux de Casanova, Le Mémorial de Sainte-Hélène, oh mon Dieu, il y en a tellement ! Je renonce, désolée… 

- Avez-vous un point de vue d’ordre général sur l’état de la littérature aujourd’hui, en France ou à l’étranger ?

Je ne lis pratiquement plus de littérature depuis quelques années. Je suis trop prise par mon travail et mes lectures en histoire, géopolitique, économie, etc. Alors je ne me considère pas comme suffisamment éclairée pour répondre à votre question. Toutefois, je ne voudrais pas louper une occasion de dire du mal de Christine Angot… Et puis non, ne cédons pas à la tentation… L’homme sage est celui qui connaît ses limites… Je suis incapable de vous proposer un bilan général informé et sérieux. Je sais juste que lorsque je passe dans ma librairie préférée, je jette un coup d’œil à ce qui est publié récemment et je me retrouve immanquablement dans le rayon histoire… C’est un peu comme en musique. J’écoute vaguement ce que font les jeunes, mais rien ne m’a plus vraiment intéressé depuis la sortie de Tattoo You des Stones et celle de Outside, de Bowie – je suis désolée, à ce stade, il me semble évident que la moitié de vos lecteurs ont laissé tomber la lecture de l’interview en se disant : « O.K., c’est une vieille conne, ça se confirme… ».

- Depuis quand écrivez-vous ?

Depuis que je sais écrire, d’aussi loin que je me souvienne.

- En dehors des nouvelles de fiction, écrivez-vous d’autres choses ? Vos mémoires, des carnets de voyages, des comptes-rendus après avoir vu un film ou une exposition etc. 

Je passe beaucoup de temps à écrire des bouquins d’histoire, c’est une partie de mon travail. Je me suis remise à la fiction très récemment, après de longues années d’interruption. Disons que j’y ai vraiment repris goût. Je ne sais pas pour quelle raison, d’ailleurs, c’est revenu, comme ça, et ça continue… Sinon, je ne prends jamais de notes sur les films ou les livres, je ne tiens pas de journal intime et je compte bien entamer mes Mémoires dès que j’aurai fait quelque chose d’important, ce qui n’est absolument pas le cas du tout jusqu’à nouvel ordre ! 

- Parlez-nous de votre manière de travailler. Ecrivez-vous chaque jour ou seulement quand une idée vous vient ? Ecrivez-vous une nouvelle, d’un seul jet ? Combien de temps, en moyenne, passez-vous sur son écriture ?

Un seul jet, le plus souvent. En deux ou trois séances pour les nouvelles les plus longues. Et quand j’ai une idée bien ancrée en tête. En fait, l’histoire existe déjà avant que je m’y mette vraiment. Quand je m’assois derrière le clavier, il ne reste plus qu’à l’écrire. Ensuite, je passe un peu de temps à travailler le style. J’aime bien que ce soit fluide, que le rythme me convienne. Alors je corrige jusqu’à ce que je puisse lire mon manuscrit à voix haute sans être prise de hoquets… C’est difficile de vous répondre sur le temps passé à écrire une nouvelle. Si votre question porte sur le temps consacré à la rédaction proprement dit, c’est quelques heures. S’il s’agit de la maturation de l’histoire en amont, c’est plutôt quelques jours. Mais on va me prendre pour quelqu’un de désinvolte là, alors je tiens à préciser que j’ai derrière moi une vingtaine d’années de travail d’écriture – ou de réécriture d’autres auteurs – dans mon domaine professionnel. Ça vous forge un style, ça, monsieur, c’est l’école du travail et de la rigueur !

- Pourquoi avoir choisi la nouvelle et non le roman ? Envisagez-vous d’écrire un roman plus tard ?

Parce que je n’ai pas encore eu le temps de me mettre à un roman, soyons honnêtes… Toutefois oui, il y a un projet de roman en cours. Avec un peu de chance, je reviendrai vers vous d’ici quelques mois, si Dieu me prête vie et si mon éditeur ne me gâche pas le printemps et l’été avec de nouvelles commandes…

- Vos nouvelles sont toutes empruntes d’humour, j’imagine qu’elles reflètent votre caractère, mais pensez-vous qu’un jour, vous pourriez faire une tentative d’écriture dans un genre différent ?

La réponse est oui. Mais si vous le permettez et sauf votre respect, je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Chez moi, l’humour n’est pas un genre. J’admets que certaines de mes histoires sont faites pour faire rire. Mais d’autres ne sont pas drôles du tout, elles louchent vers le fantastique ou la critique de mœurs ou je ne sais quoi… Alors après, c’est vrai qu’il y a un ton, une façon d’écrire et de prendre de la distance qui flirte souvent avec la dérision, le cynisme, l’humour noir ou l’ironie. Ça, je n’y peux rien, c’est ma personnalité, c’est mon style. Disons que c’est ma façon de dire des choses douloureuses ou tragiques avec pudeur. J’en parlerais bien avec mon psy, mais le pauvre est en profonde dépression depuis ses premières séances avec moi…

- L’édition numérique, est-ce un choix délibéré ou un pis-aller découlant du refus des éditeurs traditionnels ?

Un choix délibéré. J’ai imaginé l’espérance de vie d’un manuscrit envoyé par quelqu’un de totalement inconnu et contenant une poignée de nouvelles sans thématique générale, entre les mains d’un lecteur dans une maison d’édition sérieuse. Je n’ai donc même pas proposé mes nouvelles à des éditeurs. L’autopublication m’autorisait une totale liberté dans le choix de mes histoires, elle me permettait d’être lue et de voir ce que ça donnait. À présent, plusieurs blogueurs m’ont gentiment suggéré de soumettre un manuscrit à de vraies maisons d’édition. Je vais y réfléchir. Je vais commencer par suggérer à Gallimard une parution dans la Pléiade, tiens, pour tâter le terrain… 

- Avez-vous un rêve fou et lié à l’écriture ? 

Oui. Pouvoir en vivre. 

- Voudriez-vous aborder un sujet sur lequel je ne vous ai pas interrogée ?

Eh bien oui, tout de même… Vous, par exemple, bien que je ne vous considère évidemment pas comme un simple sujet… Je ne voulais pas repartir picoler mon Sauvignon sans vous avoir remercié, et d’une, et surtout sans avoir souligné la qualité de votre travail – c’est vrai, quoi, on ne parle que de moi depuis le début. Parce que des chroniques de cette qualité, rédigées avec finesse – et non dénuées d’humour par dessus le marché -, le tout dans un style impeccable, ça mérite d’être signalé, c’est la moindre des choses ! Je peux le dire sans flatterie aucune, puisque mon critique vous n’êtes plus… Donc, merci pour votre très beau travail et surtout, continuez !

 

 

La politique éditoriale de ce blog m’interdisant toute censure, j’ai reproduit telle quelle la réponse à ma dernière question et c’est un Bouquineur rouge de confusion qui remercie Condie Raïs d’avoir accepté de répondre à ses questions.

 

 

08:45 Publié dans Les interviews | Tags : condie raïs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |