compteur de visite html

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/02/2015

Matthias Zschokke : L’Homme qui avait deux yeux

Matthias ZschokkeMatthias Zschokke, né à Berne en 1954, est un romancier, dramaturge et cinéaste suisse de langue allemande. Après une formation d’acteur à Zurich, il vit et travaille à Berlin depuis 1980. Il est l’auteur d’une dizaine de bouquins (romans, nouvelles), huit pièces de théâtre, et trois films. Son nouveau roman, L’Homme qui avait deux yeux, vient de paraître.

L’homme qui avait deux yeux – nom sous lequel sera désigné le héros tout au long du roman – a perdu sa femme, son chat, son travail de chroniqueur judiciaire, son appartement dans la capitale. A cinquante-six ans, il s’en va à Harenberg, une petite ville de province dont la femme avec qui il vivait lui a recommandé les bienfaits.

Après quelques pages de lecture on comprend vite que nous ne sommes pas dans un roman traditionnel, avec une histoire qui se tient, mais au contraire dans ce genre de livres où le héros erre comme une âme en peine, aux prises avec les petits riens qui font la vie de tous les jours, se prenant le chou avec des interrogations existentielles ou des questions de névrosé. A peine entamé, on se désintéresse du sort de l’homme aux deux yeux, d’ailleurs il n’a pas de vie à proprement parler, on s’interroge par contre sur ce que veut nous dire l’auteur – seul espoir de tirer quelque substance de cette œuvre.

Que les choses soient néanmoins claires tout de suite, il s’agit bien d’un roman écrit par un véritable écrivain, il y a là un travail littéraire évident qu’on ne peut nier. On y trouve des traces du style de Kafka, soit dans le phrasé parfois, soit dans l’absurde de certaines situations voire dans l’humour (hum ! hum !) que je qualifierai de spécial. Des situations étonnantes par de troublants effets sans causes comme ce mode d’emploi de la sodomie franchement saugrenu, ou apologie militante ( ?). Mais il y a aussi des passages écrits carrément autrement, comme cette ahurissante phrase unique qui court entre les pages 154 à 156. Un gros travail d’écriture donc.

Mais de quoi traite le roman, là je suis encore perplexe. Certes il y a une dénonciation de nos vies modernes, petites et sans envergure, manquant de sens – mais quel roman d’aujourd’hui n’en fait pas autant ? Qui est cet homme avec deux yeux et pourquoi le nommer ainsi, peut-être pour mettre l’accent sur un détail commun à tous justement et en faire notre miroir ; faire d’une apparente exceptionnalité, une banalité parfaite. Cet homme quasi invisible, puisque personne ne le reconnait jamais ou l’inverse quand certains ne l’ayant jamais vu, sont certains de le reconnaitre.

 Notre héros s’emmerde et les autres aussi, « le soupçon monta en moi que mon ami s’était peut-être juste mortellement ennuyé avec moi. (…) pourriez-vous éventuellement m’aider dans ma tentative de produire un effet moins ennuyeux sur les autres… » Et là, le roman prend tout son sens, le style, ces phrases sans queue ni tête, ce héros falot, ce monde terne, Matthias Zschokke voulait peindre l’ennui - comme d’autres écrivains veulent susciter l’angoisse ou le désir – et il y réussit parfaitement. Car pour s’emmerder on s’emmerde ! Un chef-d’œuvre si on suit le raisonnement créatif de son auteur…. Mais à quel prix, du point de vue d’un lecteur lambda comme moi ? Il y a là matière à débat… pour ceux qui iront jusqu’au bout de ce pensum.

 

« Vous vous demandez sans doute parfois si je suis vivant, ou si je suis un automate, un moulage creux de moi-même qui fréquente ces lieux. Jadis, je souffrais de mon penchant pour la répétition, pour l’ordre et pour la régularité. J’entrais quelque part et je craignais de déclencher des bâillements. Les gens préfèrent le changement. Je les barbe. Je le sais. Vous en revanche, vous ne m’avez jamais fait sentir quand je vous ai fatiguée. Vous avez peut-être souvent déjà somnolé en ma présence, mais vous avez toujours gardé au moins un œil ouvert, par politesse. Combien de gens se donnent cette peine ! A vrai dire, je ne me supporte plus qu’auprès de vous, parce que vous ne me faites pas sentir comme je suis. »

 

 

Matthias ZschokkeMatthias Zschokke  L’Homme qui avait deux yeux  Editions Zoé -  253 pages –

Traduit de l’allemand par Patricia Zurcher

 

 

 

07:39 Publié dans Etrangers | Tags : matthias zschokke | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

Commentaires

J'ai toujours une crainte avec les romans (et les films ) allemands. Ecrire sur l'ennui est fort risqué, en effet!

Écrit par : keisha | 11/02/2015

On ne peut pas discuter la qualité des écrivains ou réalisateurs allemands, Thomas Mann ou Win Wenders, par exemple, sont au-dessus de tout reproche ; néanmoins il se dégage souvent de leurs œuvres une certaine langueur que certains peuvent nommer ennui. Pour autant, on ne peut en tirer une règle générale… Pour en revenir à « L’Homme qui avait deux yeux », j’y ai vu l’ennui comme thème principal mais peut-être me suis-je trompé et là, ce serait pire encore pour ce bouquin !

Écrit par : Le Bouquineur | 12/02/2015

Je viens de tomber par hasard sur France Culture, une lecture de ce roman (vraisemblablement par l'auteur, vu l'accent) mais je n'ai pas persévéré (je 'suis' France Musique en général)

Écrit par : keisha | 25/02/2015

Oui, c'est un peu spécial et comme, personnellement, je ne supporte pas qu'on me fasse la lecture, écouter quelqu'un lire ce texte m'aurait rapidement exaspéré...

Écrit par : Le Bouquineur | 25/02/2015

Les commentaires sont fermés.