11/01/2026
Littérature et peinture
Dans un billet récent nous avions vu que littérature et musique étaient deux mots qui vont très bien ensemble, aujourd’hui nous constaterons qu’il en est de même entre littérature et peinture car l'une tente de capturer l'image avec des mots, l'autre avec des pigments. Mais comme l'écrit Marguerite Yourcenar dans Une exposition Poussin à New York, "Plus heureux que les poètes, les peintres se passent d'un traducteur".
Pour illustrer mon propos voici quelques exemples de romans où la peinture est au cœur de l’intrigue :
Le Chef-d'œuvre inconnu d’Honoré de Balzac : Un texte court mais puissant sur l'obsession d'un vieux maître qui travaille depuis dix ans sur un portrait de femme qu'il veut rendre "vivant".
L'Œuvre d’Emile Zola : Inspiré par ses amis peintres (notamment Cézanne et Manet), Zola raconte l'ascension et la chute tragique de Claude Lantier, un artiste maudit qui veut révolutionner la peinture mais finit par être dévoré par son génie.
Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde : Ici, le tableau n'est pas seulement de l'art, il devient magique. C'est la peinture qui vieillit et porte les stigmates des péchés du modèle, tandis que celui-ci reste éternellement jeune.
La Jeune Fille à la perle de Tracy Chevalier : Une immersion dans le Delft du XVIIe siècle. Le roman imagine la relation entre le peintre Johannes Vermeer et sa servante, qui aurait servi de modèle pour son tableau le plus célèbre.
L'Eclat de Dieu (ou La Passion Van Gogh) d’Irving Stone : Une biographie romancée poignante de Vincent van Gogh. On y suit son combat contre la folie, sa relation avec son frère Théo et sa quête acharnée de la lumière.
Le Tableau du maître flamand d’Arturo Pérez-Reverte : Un mélange entre roman policier et histoire de l'art. Une restauratrice découvre une inscription cachée sous la peinture d'un tableau représentant une partie d'échecs, ce qui l'entraîne dans une enquête sur un meurtre vieux de cinq siècles.
Le Chardonneret de Donna Tartt : Tout commence par une explosion dans un musée à New York. Un jeune garçon s'enfuit en emportant un petit tableau de Carel Fabritius. Ce chef-d'œuvre devient le fil conducteur de sa vie et de son rapport au deuil.
Quelques autres exemples en vrac : La Madone des sleepings de Maurice Dekobra : Un roman d’aventure et de mystère où un tableau volé, une madone, est au cœur d’une intrigue internationale. Le Tableau volé de Pierre Pevel : Un roman policier fantastique où la disparition d’un tableau précieux plonge le lecteur dans un Paris mystérieux et magique. La Peinture à l’huile d’Annie Ernaux : Un texte autobiographique où l’auteure évoque sa relation avec la peinture et l’art, mêlant souvenirs personnels et réflexion sur la création.
Petite parenthèse cultivée : On utilise le terme "ekphrasis" pour désigner la description littéraire d'une œuvre d'art réelle ou imaginaire. C'est un exercice de style très prisé des écrivains cités ci-dessus.
Si les romans utilisent souvent la peinture comme décor ou sujet, l'inverse est tout aussi vrai. De nombreux peintres ont puisé leur inspiration dans les pages de grands récits, de la mythologie à la poésie moderne :
Le théâtre de Shakespeare a été l'un des thèmes favoris des peintres du XIXe siècle, notamment des Préraphaélites :
Ophélie de John Everett Millais (1852) : C'est sans doute la représentation la plus iconique de la mort d'Ophélie dans Hamlet. Le peintre a passé des mois à peindre la flore au bord d'une rivière pour respecter la précision botanique du texte.
Lady of Shalott de John William Waterhouse (1888) : Inspiré par le poème d'Alfred Tennyson, lui-même basé sur les légendes arthuriennes, ce tableau montre la jeune femme dérivant vers sa mort, victime d'une malédiction liée à son art.
Dante n’est pas le dernier à avoir inspiré les peintres et c’est logique, La Divine Comédie a marqué l'histoire de l'art par sa puissance visuelle :
Dante et Virgile de William Bouguereau (1850) : Ce tableau montre une scène terrifiante du huitième cercle de l'Enfer, où deux damnés se battent avec une violence sauvage sous l'œil de Dante et de son guide Virgile.
La Barque de Dante d’Eugène Delacroix (1822) : Une œuvre majeure du romantisme illustrant la traversée du Styx. Elle capture l'effroi et la tension dramatique décrits par le poète italien.
La littérature classique a elle aussi été source d’inspiration :
Don Quichotte de Pablo Picasso (1955) : Un dessin à l'encre devenu mondialement célèbre. En quelques traits noirs et simples, Picasso a capturé toute l'essence du héros de Cervantès et de son fidèle Sancho Pansa.
La Mort de Sardanapale d’Eugène Delacroix (1827) : Ce tableau monumental est directement inspiré d'une pièce de théâtre de Lord Byron. Il dépeint le suicide spectaculaire et barbare du roi d'Assyrie.
Le Corbeau d’Edouard Manet (1875) : Manet a réalisé une série de lithographies pour illustrer la traduction française du poème d'Edgar Allan Poe par son ami Stéphane Mallarmé. C'est un exemple parfait de collaboration entre un "peintre maudit" et un "poète maudit".
The Lady of Shalott est une huile sur toile (153x200cm) de 1888 du peintre préraphaélite anglais John William Waterhouse. Waterhouse composera trois versions différentes sur ce thème, en 1888, 1894 et en 1915. Le tableau est exposé à la Tate Gallery de Londres.
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